Dans le monde des affaires, il faut savoir encaisser sa perte. C'est à quoi le Conseil fédéral a fini par se résoudre. Avec les milieux de l'économie, contre l'avis de la grande majorité des experts et autres économistes, il s'était lancé en 2001 dans un plan de sauvetage très audacieux, pour ne pas dire hasardeux. Les parieurs ont mis deux milliards sur la table et ont échoué. Dans ces conditions, il était très difficile d'imaginer une autre solution car l'industrie aérienne, historiquement peu rentable et risquée, est un monde féroce depuis que le ciel a été libéralisé.

Sur le plan strictement financier, l'accord est équitable. Lufthansa paie peu pour l'achat mais s'engage à ristourner une partie des fonds investis par les grands actionnaires en fonction des résultats de Lufthansa. Car, au final, il faut bien admettre que c'est elle qui prend le risque industriel de maintenir une entreprise structurellement déficitaire, sous-capitalisée et menacée de liquidation à terme, sans un apport important de fonds propres et de lourds investissements.

Reste que cet accord est plein d'incertitudes, comme tout accord commercial forcé. L'Allemagne acceptera-t-elle de renégocier un accord aérien avec la Suisse? Kloten, qui avait eu l'arrogance de s'appeler Unique Airport, parviendra-t-il à décoller de sa torpeur? La filiale temporaire Swiss trouvera-t-elle les moyens de se développer sous l'aile toute-puissante de Star Alliance? Autant de questions sans réponse. Car, en dépit des clauses de l'alliance, la Suisse et sa compagnie n'ont plus qu'un seul arbitre: les règles du marché. Mais l'on sait que si l'aviation est théoriquement dérégulée, les Etats ne sont jamais neutres lorsqu'ils se penchent sur leurs propres intérêts stratégiques. Pour Zurich, et par extension pour la Suisse, le dossier aérien n'est donc pas clos.

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