Opinions

Un accord qui tombe au bon moment, par D.S. Miéville

Certaines nouvelles tombent vraiment à point. Moritz Leuenberger n'aurait pu trouver un meilleur moment pour conclure un accord avec son homologue français. Dans le paquet sur le financement des transports publics soumis au peuple dans trois semaines, le volet consacré aux liaisons à grande vitesse demeurait en effet largement virtuel. Cela fait plus de dix ans que le dossier des TGV est périodiquement réanimé pour aussitôt retomber dans le sommeil. Dans l'état où il était hier encore, le projet de consacrer 1,2 milliard aux liaisons à grande vitesse n'avait d'autre substance que celle d'une vague promesse.

Avec l'accord conclu vendredi entre Moritz Leuenberger et Jean-Claude Gayssot, cette promesse s'incarne dans des objectifs précis, en l'occurrence des liaisons avec la France à partir de Genève, Lausanne et Bâle.

C'est important dans la perspective du vote des Romands, qui n'avaient guère, au-delà de l'adhésion à la politique des transports du Conseil fédéral, d'intérêt direct à souscrire à ses projets. Si le Lötschberg a très abondamment nourri la polémique politique et médiatique, il est en effet douteux que l'opinion estime à sa juste valeur ce qu'il va apporter à la Suisse romande. Au contraire, les liaisons TGV constituent un argument tout à fait tangible. Dans la hotte du Père Noël, c'est un cadeau identifiable et appréciable. Moritz Leuenberger désamorce de la sorte un des arguments majeurs des opposants romands.

Cet accord est également important pour l'architecture générale du projet. Faute de pouvoir ficeler un projet uniquement avec les transversales alpines, dont on savait, après des années d'affrontements, qu'on ne pouvait les soumettre au peuple sans déchirer l'opinion et mettre à rude épreuve la cohésion nationale, on les avait englobées dans une construction beaucoup plus vaste. Celle-ci demeurait néanmoins quelque peu artificielle dans la mesure où trois des ses composantes restaient vagues et mal définies.

En apportant un contenu au volet des liaisons à grande vitesse, on ne laisse plus dans le vague que la deuxième étape de Rail 2000 et les mesures de lutte contre le bruit.

On peut apprécier encore la dimension psychologique de cet accord. Malgré leur dimension européenne, les tunnels de base à travers les Alpes sont une affaire essentiellement intérieure. En les réalisant, la Suisse creuse non seulement dans le granit de ses montagnes mais aussi dans la moelle de ses mythes fondateurs et de son inconscient collectif, comme on l'a vu avec l'attachement irrationnel porté au tunnel du Gothard. En donnant un peu de chair aux liaisons à grande vitesse, on donne aussi un peu d'air et d'ouverture au projet global, on équilibre la plongée dans les profondeurs par une projection vers l'extérieur.

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