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Sur un air de maloya

Le chanteur réunionnais Simon Lagarrigue a pour la première fois accepté de se raconter. On lui souhaite un destin à la Ibrahim Ferrer, reconnu à plus de 70 ans comme une légende de la musique cubaine

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Ibrahim Ferrer le sait mieux que quiconque, lui qui aura patienté toute une vie pour enfin enregistrer son premier album solo, sorti il y a tout juste vingt ans. Le Cubain avait alors 72 ans, et lorsqu’il effectuait quelques pas de boléro, le monde semblait soudainement meilleur. Ibrahim Ferrer avait un air de gamin espiègle, une voix de cendres et les rythmes chaloupés chevillés au corps. Dans les années 1960, au sein de Los Bocucos, il était une star des bals, une gloire locale, un de ces artistes qui font la fierté d’un peuple.

En 1996, lorsque le producteur Nick Gold cherche un chanteur de boléro pour rejoindre les Afro-Cuban All Stars, un projet qu’il mène pour le label londonien World Circuit, c’est à Ibrahim Ferrer qu’il pense. Et lorsqu’il invite son ami Ry Cooder à participer aux sessions, celui-ci décide de profiter de l’occasion pour graver dans la foulée un second disque. Réunissant autour de Ferrer quelques musiciens fameux, comme Rubén González et Compay Segundo, il crée le Buena Vista Social Club. Les deux albums sortiront en 1997, le septuagénaire sera qualifié de légende et son nom s’affichera ensuite en grand sur Buena Vista Social Club Presents Ibrahim Ferrer et Buenos Hermanos. Le 6 août 2005, lorsqu’il s’éteint à La Havane au retour d’une tournée européenne passée quelques semaines plus tôt par le Montreux Jazz, le chanteur peut se targuer d’avoir fait chavirer les plus grandes salles du monde.

A l’autre bout du globe, sur une autre île, Simon Lagarrigue a un petit quelque chose d’Ibrahim Ferrer. Sur la pochette de son unique album disponible en ligne, Simon Lagarrigue & La Troupe Résistance, il a ce même regard d’un homme qui a déjà eu mille vies. Mais de lui, on ne sait quasiment rien. Le Réunionnais n’a jamais pris le temps de se raconter, de parler de son rapport à la culture créole et d’évoquer le maloya, cette musique qui, à l’instar du folklore cubain, a été profondément marquée par l’esclavagisme. Autant dire que la longue rencontre que propose ce week-end Le Temps fait figure de document exceptionnel.

A lire: mettre lien vers le papier de Julie

La journaliste indépendante Julie Henoch a eu le privilège d’être accueillie à domicile par Simon Lagarrigue. «Quelle histoire on va raconter?» a-t-il commencé par lui demander, avant de se lancer dans un monologue, comme si soudainement il avait ressenti le besoin de laisser une trace. Ne reste plus qu’à espérer qu’un producteur décide, comme Nick Gold avec Ibrahim Ferrer, de lui offrir le disque qui ferait de lui une légende. Car il a assez attendu.


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