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«Poker face», Mario Draghi? Pas vraiment le cas, en tout cas, sur cette image de conférence de presse au siège de la BCE à Francfort, en décembre 2014…
© Ralph Orlowski/Reuters

Revue de presse

Un algorithme s’attaque à la «poker face» de Mario Draghi, le patron de la BCE

Des chercheurs japonais ont analysé, via un logiciel de reconnaissance des émotions faciales, les expressions du banquier central lors de ses conférences de presse. Expérience à prendre avec des pincettes

Deux chercheurs japonais affirment à l’agence Reuters avoir percé la prétendue légendaire impassibilité du visage de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE). Ils assurent ainsi être en mesure de prédire ce qu’il s’apprête à dire en analysant les microvariations de ses expressions faciales. Yoshiyuki Suimon et Daichi Isami se sont servi de l’intelligence artificielle pour passer au crible les conférences de presse que l’Italien a données entre juin 2016 et décembre 2017.

Lire aussi: Tous les récents articles du «Temps» sur Mario Draghi

Ces chercheurs du Nomura Research Institute (NRI) ont déjà appliqué la même méthode au visage du gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda. Mais, sceptique, celui-ci avait objecté «qu’il lui suffirait de modifier consciemment l’expression de son visage pour tromper l’algorithme». D’ailleurs, Sciences et Avenir se méfie de ce NRI qui n’a «rien d’un institut universitaire»: «Il s’agit d’une des sociétés leaders dans l’ingénierie informatique et le consulting». Les investisseurs devraient donc «continuer à scruter d’autres indices que le visage de Mario Draghi pour orienter leurs décisions stratégiques».

Dans le détail, les deux chercheurs ont découpé les conférences de presse du patron de la BCE en captures d’écran prises par intervalles d’une demi-seconde et les ont ensuite soumises à un programme d’IA utilisant un algorithme de reconnaissance faciale de Microsoft appelé «Emotion API». Ce programme est censé reconnaître huit émotions différentes: bonheur, tristesse, surprise, colère, peur, mépris, dégoût et indifférence. Ils s’efforcent ensuite de mettre en évidence des corrélations entre les microvariations des expressions faciales et le degré d’importance des annonces délivrées lors de ces conférences de presse:

Leur analyse a ainsi dévoilé des signes de «tristesse» précédant deux changements majeurs de la politique de la BCE, en décembre 2016, quand la banque centrale a ajusté son programme de rachats d’obligations, puis en octobre dernier, à la faveur d’une nouvelle décision modérant cette politique d’assouplissement quantitatif. Certains commentateurs, selon la revue de presse qu’avait réalisée le site Eurotopics, approuvaient «le virage prudemment amorcé», alors que d’autres trouvaient qu’il n’allait «pas assez vite».

Yoshiyuki Suimon souligne que la «poker face» de Mario Draghi, connu pour rester de marbre en toutes circonstances, a été plus difficile à décrypter que celle de son homologue japonais: «Consciemment ou non, il semble conserver un plus grand contrôle de ses expressions faciales», écrit-il dans l’étude que les deux chercheurs ont présentée mardi devant la Société japonaise de l’intelligence artificielle (JSAI).

Cela n’a pas empêché le site LaBourseAuQuotidien.fr de rédiger ces lignes plutôt poétiques la semaine dernière: Mario Draghi, «tout miel et velours» à Francfort, «tente de restaurer un peu de sérénité sur les marchés» après le limogeage du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson. «Les sombres perspectives de conflit avec l’Iran» vont s’enclencher avec son limogeage, et le président de la BCE pratique, lui, «la câlinothérapie verbale la plus lénifiante» avec sa politique monétaire «patiente, persévérante et prudente». Alors bonne chance aux Nippons pour le «démasquer», semble ironiser le New York Times.

A ce propos, le site de BFM Business fait remarquer qu’«on connaît les qualités des hommes politiques en matière de langue de bois», mais que «les banquiers centraux sont tout aussi doués», la moindre des annonces ayant «un effet direct sur les marchés». Exemple: «Ce mois-ci, le président de la BCE […] a simplement retiré une phrase de son communiqué par rapport à la précédente réunion et la bourse s’est envolée.» Ce qui sous-entend que toute «erreur de communication peut coûter cher». D’où l’impassibilité que l’on attend des banquiers centraux, car «les conférences de presse sont souvent suivies de spéculations sur leurs intentions, selon l’emploi de telle ou telle expression».

Il y a des failles

Il existe aussi un précédent tout récent. Avant que Jerome Powell ne succède à Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale américaine, la société Prattle, spécialisée dans la formation de l’opinion et l’analyse de sentiments, avait scruté les discours et articles des candidats avec un procédé d’intelligence artificielle. Mais «cette technologie avait montré certaines failles, classant notamment un candidat potentiel parmi les orthodoxes, alors qu’il était perçu comme plus souple», selon le Financial Times.

Morale de l’histoire: tout cela est à «considérer avec prudence», toujours selon Sciences et Avenir, car «prédire les changements économiques» de cette manière «rappelle les oracles antiques». D’où ces questions, légitimes, que tout le monde se pose: a-t-on affaire à une «véritable prouesse» ou à un «effet d’annonce»? Et si l’on est vraiment dans l’ordre de l’exploit technologique, y a-t-il danger de «délits d’initié» ou autres? Les réponses sont impossibles à donner pour l’heure, puisque le concept, qui prête tout de même «à sourire», n’est pas validé. «Il établit de simples corrélations entre expressions faciales et décisions monétaires» à partir du passé «plutôt que des prédictions objectives».

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