incidences

Un Américain tranquille au Proche-Orient

Barack Obama effectue prochainement un voyage en Israël, en Cisjordanie et en Jordanie. Il ne faut rien en attendre de révolutionnaire, estime François Nordmann

La visite de Barack Obama en Israël, en Cisjordanie et en Jordanie n’est pas destinée à provoquer une quelconque relance du processus de paix au Proche-Orient. C’est d’abord un exercice de relations publiques, mais aussi l’occasion de mesurer sur place l’évolution d’une situation devenue instable et même dangereuse depuis les derniers voyages d’Obama dans la région, en 2008 et 2009.

Le déplacement d’un président des Etats-Unis en Israël n’a rien d’exceptionnel: c’est le neuvième voyage d’une série inaugurée par Nixon et Carter dans les années 1970. Clinton s’y est rendu à quatre reprises. Cependant à la différence de ses prédécesseurs, Obama ne vient pas appuyer un projet spécifique de règlement de paix avec des pays voisins ou avec l’Autorité palestinienne. Il ne compte pas jouer le rôle de l’arbitre qui veut contraindre les parties à plus de souplesse et faire pression sur elles. Les circonstances ne s’y prêtent guère, une telle attitude serait contre-productive en ce moment et un récent sondage publié aux Etats-Unis indique que l’opinion publique américaine est hostile à tout activisme de Washington dans la solution du conflit.

Sur le plan politique, Obama vient d’abord consulter le nouveau gouvernement israélien sur ses objectifs et sa politique face à l’Iran nucléaire, la guerre civile en Syrie, l’instabilité en Egypte et les relations avec les Palestiniens. Il aura cinq heures d’entretien avec le premier ministre Benyamin Netanyahou. Ce dernier est quelque peu affaibli depuis leur dernière rencontre: n’a-t-il pas été obligé de composer avec deux partis centristes et de se séparer de ses alliés religieux traditionnels? Mais le 33e gouvernement israélien comporte des représentants des colons installés en Cisjordanie et le Likoud, qui en forme l’armature, a lui-même glissé à droite: quelles sont les conséquences diplomatiques de cette recomposition?

Sur l’Iran, Obama a précisé qu’il entendait donner toute sa chance à la négociation qui se poursuit, mais qu’il interviendrait militairement si la ligne rouge qu’il s’est fixée était franchie, soit dès que l’Iran serait effectivement en mesure d’utiliser l’arme nucléaire. Il se donne une année, là où Netanyahou parlait de six mois et envisageait de réagir si la fabrication d’une bombe n’était pas stoppée. Obama cherchera à obtenir des garanties qu’Israël n’attaquera pas l’Iran et Netanyahou voudra être mis au courant des modalités d’une éventuelle opération militaire américaine.

L’analyse de la situation en Syrie devrait démontrer une plus grande convergence de vues sur des facteurs tels que l’affaiblissement de Bachar el-Assad, la dureté des combats, la fragmentation du pays et le rôle des islamistes extrémistes, le risque de déstabilisation du Liban et de la Jordanie, la dramatique situation humanitaire. Les deux interlocuteurs semblent partager une même prudence dans l’appréciation et dans l’action, mais que fait Israël pour se prémunir d’incursions ou de menaces plus lourdes à ses frontières? Qu’en est-il de l’éventuelle fourniture d’armes occidentales à des groupes rebelles?

Où va l’Egypte? Obama ne retournera pas cette fois dans ce pays qu’il a visité en 2009, mais les oscillations du régime, la tension avec la population, la perte de contrôle de la zone tampon du Sinaï nourrissent autant les préoccupations des Américains que celles des Israéliens à l’égard du président Mohamed Morsi.

C’est sans doute l’état actuel des relations avec les Palestiniens qui intéresse le plus le haut visiteur. A ce stade, il s’agit moins pour Obama de reprendre ses habits de facilitateur dans d’hypothétiques pourparlers que d’éviter une dégradation encore plus marquée des conditions de reprise des discussions israélo-palestiniennes: halte aux constructions dans les colonies, du côté israélien, halte aux candidatures dans les instances internationales de la part de l’Autorité palestinienne.

Le président Obama se rend à deux reprises en Palestine, une première fois à Ramallah le jeudi 21 mars et une seconde fois le lendemain à Bethléem, où il visitera l’église de la Nativité, geste envers le président Mahmoud Abbas mais surtout à l’égard des minorités chrétiennes du Proche-Orient. Si contre toute attente, il était porteur d’un message de l’un ou l’autre de ses hôtes qui en vaille la peine, il n’aurait aucun mal à le transmettre.

Par ailleurs son voyage est riche d’autres symboles encore: il y a quatre ans, il avait donné à entendre qu’Israël devait son existence à l’Holocauste. Il dissipera cette impression en allant déposer une gerbe sur la tombe de Theodor Herzl, le père du sionisme, qui a eu la vision de l’Etat juif en 1897, et en visitant les manuscrits de la mer Morte qui attestent de l’ancienne civilisation de ce lieu. Il s’adressera à la jeunesse israélienne dans un discours qui sera le pendant de celui du Caire de juin 2009. Il terminera sa visite par un entretien à Amman avec le roi Abdallah de Jordanie et une excursion sur le site de Pétra.

Un voyage qui ne devrait pas déboucher sur des résultats concrets, mais qui vise à renforcer l’image d’un président aux vues équilibrées, ouvert et sans préjugés, disposé à jouer le rôle d’honnête intermédiaire si on le lui demande. Mais éloigné de celui qui était apparu au Caire paraissant prêt à forcer le destin…

Lors de son voyage en Israël, Barack Obama s’adressera à la jeunesse israélienne dans un discours qui sera le pendant de celui du Caire de juin 2009

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