Opinion

Un appel suisse: le Tibet a besoin de nous!

OPINION. La position de la Suisse vis-à-vis de sa communauté tibétaine et de la question tibétaine est ambivalente, soulignent les coresponsables de la nouvelle section romande de la Société d’amitié suisse-tibétaine, Tenzin Wangmo Frapolli et René Longet

Le Tibet? C’est à la fois un mythe, depuis certaines bandes dessinées imprimées dans notre inconscient, les récits de voyageurs ayant trompé la vigilance des gardiens du «pays interdit», la figure du Dalaï-Lama maître de sagesse – et un combat concret pour la survie d’un peuple. Combat non violent, à travers l’inégalité extrême du rapport de forces. Combat au nom de l’universalité des droits humains et d’une Constitution démocratique – le 14e dalaï-lama ayant renoncé à son rôle historique de chef politique. Combat de David contre Goliath, de l’esprit contre la matière…

Occupé depuis 1951 par la Chine, qui a mis fin à une indépendance fragile mais réelle durant des siècles, le Tibet se débat depuis entre les griffes chinoises. Jusqu’à sa fuite, devenue inéluctable en 1959, le jeune dalaï-Lama a cherché, durant huit difficiles années, à convaincre les dirigeants de la Chine maoïste de respecter leurs propres engagements. Par exemple, sur la bienveillance à l’égard des 52 minorités nationales qui font la diversité de cet immense pays, sur la promesse d’avancement des peuples dans la concorde et la concertation, sur un protocole d’accord en 17 points qu’ils avaient pourtant signé.

Mais rien n’y fit, les durs du régime ont toujours eu le dessus, une révolution culturelle encore plus féroce qu’ailleurs a balayé 90% de l’héritage culturel et religieux tibétain. Et aucune tentative de dialogue n’a jamais abouti, malgré l’affirmation tibétaine mille fois répétée que leur revendication était le respect de leur spécificité au sein de la Chine et non une sécession.

Les Tibétains n’abandonnent pas

La prétendue région autonome du Tibet est restée une fiction juridique. La possession d’un portrait du dalaï-lama est punissable de lourdes sanctions. Des monastères ont été reconstruits, mais au prix de nombreuses difficultés et sous haute surveillance. Langue, culture, traditions tibétaines sont l’objet d’une suspicion obsessionnelle; le Tibet est une prison à ciel ouvert, l’intensité de la répression variant selon les humeurs des dirigeants chinois. C’est, aussi, une colonie de peuplement chinoise, américanisée et nivelée à l’excès. C’est, enfin, un environnement naturel fortement dégradé.

L’anticommunisme, la solidarité entre peuples se reconnaissant comme montagnards a joué un rôle, mais aussi une sympathie entre petits face aux grands

Pourtant les Tibétains n’abandonnent pas. En exil, ils se sont donné des autorités civiles élues, débattent, sont organisés dans les divers pays qui les ont reçus. Et la Suisse là-dedans? Sa posture est paradoxale. Nous étions parmi les premiers Etats à reconnaître la victoire de Mao en 1949. Mais aussi le pays hors d’Asie à recueillir, dès les années 1960, le plus de réfugiés tibétains. L’anticommunisme et la solidarité entre peuples se reconnaissant comme montagnards ont joué un rôle, mais aussi une sympathie naturelle entre petits face au rouleau compresseur des grands.

La Suisse continue de cultiver cette ambivalence; fière de sa communauté tibétaine, exemple d’intégration réussie, tout en maintenant sa spécificité, elle n’a jamais été capable de serrer officiellement la main du dalaï-lama ni d’aucun dirigeant civil tibétain en exil. Et les milieux d’affaires veillent au grain pour que ne soit pas mis en péril le fructueux commerce avec la plus grande puissance impériale du monde…

Quel rôle pour la Suisse?

C’est pour le souligner haut et fort, pour ne pas tomber dans l’opportunisme devant les rapports de pouvoir, que s’est constituée voilà 35 ans la Société d’amitié suisse-tibétaine, SAST. Elle fait le lien entre la population suisse et la communauté tibétaine (dont la plupart des membres sont aujourd’hui citoyens suisses… et d’autres, plus récemment arrivés, des sans-papiers considérés par la Suisse officielle comme… Chinois!). Elle rappelle la cause du Tibet – qui n’est en rien une cause perdue, mais emblématique du sort de tous les peuples opprimés sur cette Terre.

La SAST est représentée au parlement par un groupe d’élus actif. Elle fait connaître la culture tibétaine, très vivante en Suisse. Elle souligne l’enjeu moral: quelles sont les valeurs qu’il nous importe de soutenir dans ce monde, qu’il nous importe d’incarner comme pays, qui sont importantes pour notre vie personnelle? Elle vient de constituer une section romande. Et elle met en évidence l’enjeu géopolitique: seule une Chine démocratique avec un Etat de droit pourra accepter la diversité sur son territoire et devenir un acteur international fiable et crédible: ce qui se passe au Tibet est un révélateur de la façon dont est gouvernée la Chine. Un Tibet libre dans une Chine libre – l’un conduit à l’autre… Le Tibet a besoin de notre solidarité!


René Longet et Tenzin Wangmo Frapolli sont co-responsables de la section romande de la société d’amitié Suisse-tibétaine

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