Digitale attitude

Un assistant virtuel pour les enfants mis au placard

Aristotle, du fabricant de jouets Mattel, ne sera finalement pas commercialisé, soupçonné de pouvoir provoquer des troubles de l’affect

L’assistant virtuel Aristotle était conçu pour accompagner un enfant de sa naissance jusqu’à son adolescence. L’enceinte connectée était censée l’endormir avec une berceuse et allumer une veilleuse pour apaiser ses pleurs.

Puis évoluer avec lui au fil des mois en donnant la réplique à ses premiers mots, en lui apprenant l’alphabet, en jouant avec lui aux devinettes et en lui lisant des livres. Plus tard, Aristotle devait même l’aider à faire ses devoirs.

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Des conséquences potentiellement problématiques

Mais des parents, des politiciens et une association défendant les droits de l’enfant ont mené une campagne pour s’opposer à son lancement. Leur objection: la confidentialité des données récoltées par son fabricant et les conséquences, encore inconnues, sur le développement d’un enfant qui entretiendrait une relation intime avec un objet.

Substituer la relation mère-bébé par un robot parleur, même par intermittence, pourrait provoquer des troubles au niveau de l’affect car la communication avec un tout-petit va bien au-delà des mots. Elle comprend toute une série d’expériences sensorielles comme le regard, le sourire et le toucher.

Et à l’âge de la parole, l’enfant habitué à dialoguer avec une enceinte apprendra-t-il le sens du «non» et à gérer les contrariétés, surtout lorsque celle-ci, toujours disponible, répond à toutes ses exigences? Mattel a entendu. Le 5 octobre dernier, la société a annoncé l’abandon du produit. Aristotle ne verra pas la lumière d’un magasin.

La «poupée Stasi» épargnée

Si les bébés sont épargnés pour le moment, il n’en est pas de même pour les autres membres de la famille. Hello Barbie (surnommée «poupée Stasi» par les Allemands), capable de converser avec une petite fille et d’assimiler ses intérêts pour les intégrer dans leurs échanges, est déjà dans sa chambre depuis deux ans.

Et toutes leurs conversations, enregistrées, sont stockées sur les serveurs de Mattel. Alexa, la version pour adultes d’Aristotle, se trouve dans dix millions de foyers aux Etats-Unis.

Parler à un assistant virtuel comme Siri, Cortina ou Alexa, entre dans les mœurs. Cette année, il est estimé que 35,6 millions d’Américains s’adresseront à l’un d’entre eux au moins une fois par mois.


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