Métropole figurant parmi les plus dynamiques du continent européen, aussi bien en termes de croissance démographique que de progression de l’emploi, le Grand Genève se caractérise cependant par la difficulté de faire émerger une politique d’urbanisme global sur l’ensemble de son territoire, du fait de son caractère transfrontalier. Dans ce cadre, seule la mise en place d’un projet urbanistique commun de grande ampleur serait à même de faire évoluer les choses.

En effet, l’analyse comparative des politiques menées dans ce domaine par d’autres métropoles européennes montre que l’existence d’un projet fédérateur constitue un bon élément pour penser globalement la métropole. Par exemple, en France, en région parisienne, la politique d’aménagement urbain repose, entre autres, sur la notion de l’existence d’un «axe majeur» partant du Louvre, passant par le jardin des Tuileries, l’avenue des Champs-Elysées, l’Arc de triomphe, et se terminant à la Grande Arche de la Défense, avec la volonté de poursuivre au-delà. Tout au long de son parcours, le territoire a été mis en valeur au fur et à mesure du temps, étant ponctué de nouveaux monuments s’ajoutant à ceux préexistants. La même idée, mise en œuvre plus récemment, se retrouve en Italie, dans l’agglomération de Turin, avec le projet Spina Centrale de requalification d’un certain nombre de friches industrielles le long d’un axe méridien, permettant de mieux coudre la ville moderne à la ville ancienne.

Du Jet d’eau au Jura

Or, à Genève, il existe aussi un «axe majeur», presque rectiligne, totalement négligé, qui part du Jet d’eau, passe par le CERN, centre de recherche mondialement réputé, et se termine, de l’autre côté de la frontière, dans le pays de Gex au crêt de la Neige, le sommet du Jura à 1718 mètres d’altitude. Une large partie de cet axe correspond à l’une des principales voies de circulation de la métropole, la rue de la Servette, puis la route de Meyrin. A l’heure actuelle, cet axe présente un caractère peu engageant par rapport au reste de l’agglomération, avec un urbanisme anarchique et peu avenant, dont de nombreux grands immeubles, sans charme, hérités des années 1960-1970. Le CERN vit replié sur lui-même, étant, à l’exception du centre d’exposition pour le grand public, complètement hermétique au reste de la ville.

Le deuxième objectif serait la création d’une véritable cité scientifique autour du CERN avec un parc d’attractions centré sur la physique

Le lien avec la France laisse à désirer. La liaison entre les communes de Meyrin et de Saint-Genis-Pouilly n’est pas digne d’une porte d’entrée de la Suisse, un des pays les plus riches du monde, avec son parking sauvage au bord de la route côté français, en l’absence de parking relais. Enfin, le crêt de la Neige est très difficilement accessible, sauf pour les grands marcheurs, ne bénéficiant pas d’une remontée mécanique directe, comme c’est le cas pour l’accès au Salève. En effet, la télécabine du Fierney à Crozet en est trop éloignée, ne monte pas jusqu’au sommet des crêtes et ne fonctionne qu’une partie de l’année.

Trois objectifs principaux

Il s’ensuit qu’engager une réflexion sur la création d’un «axe majeur genevois» pourrait constituer un projet transfrontalier mobilisateur. La démarche viserait à répondre à trois principaux objectifs. Le premier, d’ordre esthétique, serait un embellissement de la route de Meyrin et de ses abords, en la transformant en un véritable boulevard urbain magnifié, avec de beaux immeubles sur rue, et en y implantant des équipements symboliques. Le deuxième objectif serait la création d’une véritable cité scientifique autour du CERN, ouverte sur la ville, combinant aspects économiques, avec des bureaux abritant des start-up, dans l’optique que la recherche fondamentale génère aussi des emplois dans le secteur privé, et aspects culturels ou ludiques, avec, par exemple, un parc d’attractions centré sur la physique et un grand musée scientifique, qui soit plus qu’une simple présentation des travaux du CERN. Le développement de cette cité scientifique permettrait d’assurer la jonction entre Meyrin et Saint-Genis-Pouilly, en faisant une seule entité urbaine transfrontalière. Troisième et dernier objectif, le crêt de la Neige constituant le point ultime de l’axe, il serait nécessaire de construire un téléphérique montant directement au sommet, qui fonctionne toute l’année, et de construire un monument en bois au sommet, représentant par exemple un symbole physique, en lien avec le CERN.

Ce projet, qui s’étendrait sur plusieurs décennies, aurait un triple intérêt. Il permettait de réconcilier Genève avec l’urbanisme, l’agglomération n’étant pas en pointe dans ce domaine, de revaloriser les communes «populaires» de la banlieue suisse de Genève, que sont Vernier et Meyrin, et, last but not least, de renforcer la coopération transfrontalière avec le pays de Gex, lieu privilégié d’implantation des frontaliers de nationalité suisse, qui ont choisi de résider en France.

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