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Lors d'une dédicace, Londres, 12 février 2016.
© NEIL HALL

Grande-Bretagne

Un Brexit peut arriver dans une Europe menacée par ses forces centrifuges

Ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, Denis MacShane analyse les trois mythes qui, à son sens, marquent le débat britannique actuel. Et il prévient: la ruptiure est tout à fait possible

J’ai inventé le terme «Brexit» il y a quatre ans. Je me suis inspiré du mot «Grexit», alors à la mode, qui décrivait la possible expulsion de la Grèce de la zone euro.

Une année plus tard, le premier ministre britannique David Cameron a transformé le concept de «Brexit», en annonçant que la Grande-Bretagne tiendrait un référendum sur la question de savoir si elle reste dans l’Union européenne ou si elle la quitte.

Ainsi, dans 15 courtes semaines, le monde saura si la Grande-Bretagne demeure membre de l’UE, ou non. Incidemment, nous saurons si la même UE pourra fêter le 70eme anniversaire du Traité de Rome l’année prochaine, sur un fond sincère d’Ode à la joie.

Le retour du slogan «la barque est pleine»

Jamais l’Europe n’a été aussi centrifuge. Les forces qui poussent les nations européennes à se séparer les unes des autres ne cessent de gagner en puissance. Ainsi, il n’existe toujours pas de politique commune sur les immigrants et les réfugiés. Chaque responsable a son bouc émissaire à blâmer. Les dirigeants polonais, slovaques et hongrois disent qu’ils ne veulent pas d’arrivée de Musulmans dans leurs pays, de la même façon que des pays avaient dit «non» aux Juifs au motif que «la barque est pleine».

Il n’existe pas plus de politique commune pour la création d’une Union économique et monétaire vraiment efficace. Une Union bancaire sans une garantie commune des dépôts n’a pas de sens. Pour des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, l’euro est devenu un frein à la croissance. Ces pays ne peuvent pas suivre le modèle de l’Allemagne, devenir soudain des champions à l’exportation. Dès lors, l’insistance de Berlin, qui ne cesse de demander que tous les pays de la zone euro suivent des règles applicables à l’Allemagne, constitue, là aussi, une nouvelle force centrifuge.

Cette désolante absence de réponse de l’Europe

Au reste, l’Europe n’a toujours pas de réponse à l’agression de l’Ukraine par la Russie, de même que contre les manœuvres russes dans les États baltes et en Syrie. Les politiques conduites par les Etats occidentaux ont détruit l’Irak, puis la Libye, et désormais, en partie, en Syrie. L’islamisme radical et guerrier représente un défi à la démocratie aussi grave que le communisme et le fascisme naguère, et à ce stade, l’Europe est incapable d’y apporter une réponse solide.

Dans ce contexte, voici que les Britanniques ajoutent leur propre exigence, c’est-à-dire leur propre défi à l’UE, avec leur demande d’un statut spécial à l’intérieur de l’UE, assortie d’un chantage par le biais du référendum.

Lire aussi: La Suisse, exemple repoussoir pour les opposants au Brexit

Fondamentalement, trois mythes circulent, au sujet du référendum.

Premier mythe: la rupture ne peut pas se produire

Le premier est que la rupture Grande-Bretagne-UE ne se produira pas. L’histoire récente montre qu’au contraire, elle peut survenir. Tous les grands référendums qui ont eu lieu depuis le début du siècle ont débouché sur un vote négatif à l’égard de l’Union; Suède en 2003 [refus de l’adoption de l’euro, ndlr], la France et des Pays-Bas 2005 [traité établissant une constitution européenne], Irlande 2008 [traité de Lisbonne] et même, d’une certaine manière, le vote suisse sur l’immigration de février 2014.

Les citoyens baignent dans l’idée, exprimée de manière toujours plus véhémente, que l’Union européenne est un monstre antidémocratique cherchant à détruire l’identité nationale et la souveraineté des nations. L’époque où la construction européenne était bien vue, voire un peu idéalisée, est décidément lointaine. De surcroît, un vote populaire offre une merveilleuse occasion de flageller les élites politiques, bancaires et médiatiques.

Depuis 15 ans, David Cameron encourage l’euroscepticisme comme le socle idéologique du parti conservateur. Aujourd’hui, il a changé de camp, tandis que son parti est plus divisé que jamais. Songeons au fait que des politiciens conservateurs importants, tels que le maire de Londres Boris Johnson, font campagne pour le Brexit, et contre le chef du gouvernement, par ailleurs chef de leur parti.

Lire également: Johnson-Cameron, duel au sommet sur le Brexit

Deuxième mythe: la Grande-Bretagne pourra s’arranger

Le deuxième mythe est que si le divorce survient, la Grande-Bretagne pourra conduire une discrète négociation afin de conserver une relation privilégiée avec l’Union. Quelle illusion! Les banques et les entreprises britanniques perdraient leur passeport pour le marché unique. Les citoyens seraient déchus de leur citoyenneté européenne, et n’auraient aucune prétention à la libre circulation, au fait de vivre et travailler dans n’importe quel Etat membre de l’UE.

Déjà maintenant, la France menace de fermer la frontière à Calais. Les ministres de la zone euro et la Banque centrale européenne prédisent que la Banque centrale européenne resterait seule à décider, sans tenir compte de la City. La Grande-Bretagne qui veut imposer des quotas d’immigration en provenance de l’UE, pour «reprendre le contrôle de nos frontières» doit s’attendre à une riposte rapide.

En cas de Brexit, Bruxelles, Paris et Berlin se montreront intransigeants envers la Grande-Bretagne, afin d’empêcher toute contagion, ainsi que de décourager toutes velléités des autres pays d’utiliser, une nouvelle fois, le chantage du référendum pour obtenir des concessions. Et si le Brexit a lieu, pour la Suisse, les chances de trouver un compromis facile sur la libre circulation seront réduites à néant.

Troisième mythe: une sortie réglerait la question

Le troisième mythe est de croire que le référendum réglerait une fois pour toutes la question européenne au Royaume-Uni. Si le départ l’emporte, nous vivrons des années de confusion et de chaos, avec une contestation croissante contre l’isolement de la Grande-Bretagne. Si les manœuvres en vue de la séparation échouent, les perdants garderont le divorce comme objectif, et profiteront de tout nouveau traité pour exiger un nouveau référendum.

Le Brexit peut survenir. Mais l’urgence majeure est de contenir ce toujours plus puissant mouvement centrifuge qui affole l’Europe.

Lire aussi notre chronique, Brexit: la Suisse, le dindon de la farce


Denis MacShane a été ministre des Affaires européennes sous Tony Blair. Il est l’auteur du livre «Brexit: How Britain Will Leave Europe» («Brexit: Comment la Grande-Bretagne va quitter l’Europe»). Il s’exprime à propos du Brexit à Genève pour le Nouveau mouvement suisse européen jeudi 25 Février, à l’Institut National Genevois (Promenade du Pin 1, 1204 Genève) à 18h.

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