Le 23 juin, on saura si le Royaume-Uni continuera ou non à faire partie de l’Union européenne (UE). Cet éventuel retrait du Royaume-Uni de l’UE (Brexit), qui aurait des conséquences économiques et sociales dommageables pour les deux parties, ne passionne guère les Suisses. Grave erreur, car un Brexit aurait non seulement des effets négatifs pour l’économie suisse, mais aussi pour ses relations avec l’UE.

S’il décidait de sortir de l’UE, le Royaume-Uni se retrouverait isolé et perdrait bien des avantages que lui procure l’intégration européenne. La place financière londonienne, la City, serait particulièrement touchée. En cas de Brexit, la City perdrait son accès au marché européen, notamment pour ce qui concerne des services financiers. Il en résulterait une baisse de la compétitivité, voire des délocalisations et des pertes d’emplois massives, puisque la place financière représente plus de 10% du produit intérieur brut (PIB), donc de la richesse du pays.

Le coût de l’appartenance à l’Union est évalué à 440 euros par foyer britannique, mais les revenus par foyer générés par les échanges économiques avec les membres de l’UE, soit 3 000 euros, sont presque dix fois plus importants. En cas de Brexit, la perte annuelle pourrait même atteindre 5 500 euros pour chaque ménage.

Le Brexit pourrait entraîner une nouvelle hausse du franc suisse

La Suisse ne sortirait pas non plus indemne d’un Brexit. Le Royaume-Uni joue un rôle important pour beaucoup d’entreprises suisses, qui y ont investi 80 milliards de francs et y emploient près de 200 000 personnes. Mais cette relation pourrait être mise à mal, la moitié de près de 200 firmes concernées, suisses et britanniques, estimant que les perspectives s’assombriraient. Un Brexit affaiblirait aussi l’UE, ce qui serait également négatif pour l’économie suisse. Plus grave, l’incertitude créée par un Brexit entraînerait une nouvelle hausse du franc suisse (le découplage franc–euro ayant déjà supprimé 30 000 emplois), avec ses conséquences dramatiques: recul des exportations, licenciements, hausse du chômage.

Cela n’empêche pas des esprits prétendument éclairés d’affirmer qu’un Brexit représenterait une «opportunité» pour la Suisse, du fait que notre pays serait moins isolé pour consolider son statut particulier et résoudre l’équation libre circulation des personnes – initiative contre l’immigration de masse. Mais c’est une illusion, comme l’explique Denis MacShane, ancien ministre travailliste des Affaires étrangères: «Bruxelles tapera du poing sur la table. L’UE va serrer les rangs et sera plus intransigeante avec les demandes d’autres pays membres pour éviter toute contagion. Et a fortiori avec un pays non-membre. Les Européens diront à la Suisse qu’elle ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.» Même son de cloche de la part du secrétaire d’Etat Jacques de Watteville, selon qui la Suisse, en cas de Brexit, «ne serait pas au sommet des priorités de l’UE». Car toutes les énergies se concentreraient sur la redéfinition des relations entre le Royaume-Uni et l’Europe.

La Suisse doit revoter

Si les autorités helvétiques veulent éviter un «Suissexit», c’est-à-dire la fin de la libre circulation des personnes, de tous les accords bilatéraux et de leurs avantages (croissance dopée, emploi, main-d’œuvre qualifiée, recherche, échanges culturels et estudiantins), elles seraient bien inspirées de trouver une autre voie. C’est-à-dire de préparer les citoyens à un probable nouveau vote sur le sujet. Et un succès de celui-ci passe dans une large mesure par un renforcement des mesures d’accompagnement visant à combattre le dumping social et salarial.

Or, Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération et ministre radical de l’Economie, s’y oppose catégoriquement, alors que le taux d’infraction aux conventions collectives de travail (CCT) avoisine 30% depuis quelques années! Johann Schneider-Ammann ferait bien de revoir sa position et d’expliquer aux citoyens que des relations harmonieuses entre la Suisse et l’UE sont des opérations «gagnant-gagnant». Exemple: 150 000 frontaliers travaillent en Suisse et font vivre 500 000 personnes en France. Mais ils généraient en 2015 entre 0,3% (Fribourg) et 22% (Genève) de notre richesse selon les cantons. Une part qui serait encore plus importante si tous les frontaliers étaient au bénéfice d’une CCT et de salaires corrects.


Jean-Claude Rennwald, politologue, militant socialiste et syndical

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