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Un Burger pour rire et résister

Seize ans après sa disparition, le Burger Quiz est de retour. Toujours animé par Alain Chabat, le jeu porte vers le haut l’art en chute libre du divertissement télé

Le Burger Quiz était mort, vive le Burger Quiz! A la rentrée 2001, ce jeu animé par Alain Chabat avait fait un bien fou au paysage audiovisuel français, PAF de son petit nom, qui avait ce printemps-là été profondément chamboulé par Loft Story, une émission avec des gens enfermés et une piscine qui avait marqué l’irruption de la téléréalité sur nos écrans. Je me souviens avoir écrit sur l’art du montage et de la manipulation dans Loft Story; le concept avait quelque chose de fascinant au-delà de son voyeurisme racoleur. Aujourd’hui, la téléréalité c’est, entre autres propositions irregardables, Les Anges. J’étais intrigué, je suis consterné.

Mais on s’éloigne de ce monument de la poilade que fut jusqu’en juin 2002, sur Canal+, le Burger Quiz. Le principe? Deux candidats, chacun encadré par deux personnalités, tentent de récolter vingt-cinq miams, sésame permettant de tenter le Burger de la mort. A savoir écouter dix questions aussi simples que loufoques, puis y répondre dans l’ordre. Ça paraît fastoche, mais non. J’ai essayé lors de quelques douces mais néanmoins festives soirées toscanes entre amis, mais ne me souviens pas y être parvenu. La faute peut-être au Limoncello, mais là encore on s’éloigne du sujet.

Professeur foldingue

Mercredi dernier, le Burger Quiz a fait son come-back sur TMC. Avec ses quatre rounds – Nuggets, Sel ou poivre, Menus, L’addition – menant au Burger de la mort, et un Chabat à la tignasse entièrement sel lui donnant des airs de professeur foldingue. Le Français pratique un humour porté sur le burlesque, l’autodérision, le refus du politiquement correct, le déjanté et le non-sens, qui est un émerveillement de tous les instants.

Au cours des trois premiers épisodes de ce Burger Quiz saison 2, les candidats auraient pu opter pour des questionnaires sur le folklore hongrois ou la carrière d’Alain Juppé, mais ils se sont finalement dit qu’il y avait plus simple. Chaque question ou presque est prétexte à gag, mais on y apprend aussi des choses, plus ou moins utiles certes. Ah oui, mercredi soir, on a aussi eu droit à un bref voyage dans le futur.

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En 2001, Burger Quiz prolongeait l’esprit Canal+, celui des Nuls, de Nulle part ailleurs. En 2018, le jeu rappelle une époque révolue; Chabat a d’ailleurs taclé Vincent Bolloré, directeur de Canal mais aussi fossoyeur de ce qui a fait sa réussite. Se vautrer devant Touche pas à mon poste, piloté par le démago Cyril Hanouna, c’est cautionner un «humour» bas du front, moqueur et humiliant. Regarder Burger Quiz devient dès lors un acte militant, de résistance face à l’inexorable appauvrissement du divertissement télé.


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