Dans sa relation décidément passionnelle aux langues, Zurich innove à nouveau. Et l'on peut parier que le projet d'examen d'allemand pour les candidats à la naturalisation, s'il devait s'imposer dans la métropole, ferait tache d'huile en Suisse alémanique, au même rythme que l'influence de l'UDC.

Que la langue soit un critère majeur d'intégration, cela va de soi. Dans la plupart des cantons, l'audition orale des candidats à la nationalité suisse permet de prendre la mesure de leurs capacités. Tout autre est le principe d'un test écrit. Qui disqualifierait-il? Quelques dizaines de personnes par année, illettrées ou privées de toute insertion sociale, comme certaines femmes d'immigrés. Le danger qu'ils font courir au pays est-il si grand qu'on veuille durcir une sélection qui est déjà parmi les plus dures d'Europe?

En réalité, la proposition zurichoise est un canon contre des mouches, une nouvelle expression de la difficulté de la Suisse à changer d'époque. Le passeport suisse n'a plus l'attrait qu'il avait au temps des «Schweizermacher». Notre démographie s'étiole et nous aurons, d'ici peu, un besoin aigu d'étrangers que la libre circulation des Européens ne remplira pas. Comme toujours, nous trouverons alors d'extraordinaires vertus à ceux que nous pensions inassimilables la veille: ces Italiens des années 60, ces Sri Lankais des années 80, qui sont devenus, vingt ans plus tard, l'exemple d'intégration réussie que l'on renvoie à la figure des derniers arrivés.

Ceux-ci, désormais, sont Turcs, Africains, Kosovars. Comme les précédents, il leur faudra une à deux générations pour avoir trouvé leurs marques. Ils ne seront pas, alors, citoyens plus ou moins modèles que leurs compatriotes d'ancienne souche helvétique. On trouvera encore parmi eux des gens qui auront de la peine à lire un questionnaire et à en comprendre le sens, comme parmi les Suisses qui chaque année, aux tests du recrutement militaire, échouent devant un examen analogue. Mais à qui personne ne songe à brûler le passeport.

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