Nouvelles frontières

A quand un champion numérique européen?

OPINION. Pour rivaliser avec les Etats-Unis et la Chine, il manque à l’Europe un grand moteur de recherche, une application mobile de messagerie et un cloud. Et surtout une stratégie numérique, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Le monde numérique sera-t-il bientôt formé de deux blocs, l’un américain, l’autre chinois? C’est ce qui se murmure de plus en plus du côté de Pékin et de Washington où l’on voit dans la guerre commerciale en cours un choc entre deux puissances qui se disputent la domination des technologies de l’information. Commencée il y a plus d’un an, l’offensive de la Maison-Blanche s’est notamment focalisée sur le rôle de Huawei et de la 5G, ce qui semble attester cette thèse. On s’acheminerait donc vers un duopole du Net, une cyber-guerre froide.

Vulnérabilité européenne

C’est bien sûr exagéré, le reflet d’une même arrogance, américaine et chinoise. Une fois qu’on a dit cela, il faut pourtant bien se poser ces questions: quels sont les principaux moteurs de recherche? Quelles sont les applications mobiles de messagerie les plus utilisées? Où se situent les grands «clouds» qui stockent les données numériques? A la première question, on répondra Google et Baidu, à la deuxième WhatsApp (Facebook) et WeChat (Tencent) et à la troisième aux Etats-Unis surtout, et en Chine de plus en plus. Et l’Europe? La France, soutenue par l’Allemagne, a favorisé un moteur de recherche, Qwant, mais qui patine face à Google (plus de 90% des recherches). Aucune messagerie n’a atteint une masse critique pour s’imposer et il n’existe que des embryons de «clouds» disparates… Bref, l’Europe est larguée.