Éditorial

Un chef d’orchestre pour Plateforme 10

EDITORIAL. Le nouveau quartier des arts lausannois s’ouvre au public cette semaine avec la première exposition du Musée des beaux-arts. Sa gouvernance n’est toujours pas établie, il s’agit de lui donner les moyens de son ambition

C’est au-delà du rationnel lorsque vous entrez dans une exposition: vous ressentez aussitôt si le commissaire a fait son travail. Si vous avez affaire à une banale juxtaposition d’œuvres, dans un ordre qui ne surprend pas parce qu’il ne vous apprend rien, l’ennui guette. Mais en revanche, si la façon de mettre en scène un artiste mène quelque part, si un tableau ou une photographie semble soudain aimanter l’œil comme un soleil sur cimaise, une évidence apparaît et fait saisir la force d’un travail.

Plateforme 10, à Lausanne, est pour l’instant d’abord conçu comme un formidable outil. Mais il s’agit cependant surtout d’une assez banale juxtaposition de musées, aux histoires qui n’ont guère à voir les unes avec les autres. Chacun pressent dès lors que cela ne va pas suffire, une fois les rubans coupés et les discours politiques applaudis. Ce bel écrin doit en plus s’épanouir dans un petit pays où l’offre muséale est déjà stupéfiante, du Kunsthaus de Zurich à la Fondation Gianadda, de la Fondation Beyeler au Musée Paul Klee. Par charité, on ne parlera pas ici de la puissance d’attraction des grandes institutions parisiennes ou italiennes, à quelques heures de train.

Notre dossier: Comment piloter la nouvelle plateforme des musées lausannois?

L’expérience lausannoise est aussi urbanistique. Il s’agit bien, au-delà de la culture, d’inventer un quartier neuf, de créer chez le passant ou le visiteur une envie et de nouvelles habitudes. D’autres villes en Europe, en Autriche et en Scandinavie, ont déjà tenté le pari logique et imparable du pôle muséal. Il en ressort des expériences contrastées. Car à nouveau, il ne suffit pas d’additionner les plats pour que les curieux accourent, et surtout reviennent. Il faut créer ce qui s’apparente à une vision d’ensemble, donc à un style.

Pour Plateforme 10, cette vision demeure pour l’instant encore floue. Il faut désormais à ce projet une gouvernance neuve, forte, inventive, qui fasse passer Lausanne dans une dimension 2.0 de son statut culturel: cette politique jusque-là couronnée de succès, mais qui fut souvent, entre le Théâtre de Vidy et la compagnie de Maurice Béjart, celle de l’accueil de spectacles ou d’institutions déjà confirmées. Plateforme 10, c’est autre chose. Il faut lui donner les moyens de ses grandes ambitions. Autrement dit, un chef d’orchestre chapeautant l’ensemble et capable de faire résonner musées et exposition d’une note commune. Briller, au lieu de simplement exposer: tel est l’enjeu.

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