On le sentait venir. A force de faire bouillir trop d'ingrédients incompatibles dans la même marmite, il fallait bien que le couvercle du récipient explose. C'est ce qui se passe avec La Poste. Son patron, Ulrich Gygi, a décidé de mettre le paquet. Il choisit la voie de la confrontation.

Avec les milieux politiques, qui ne cessent de formuler des exigences contradictoires et ne savent plus ce qu'ils attendent de l'entreprise. Avec les syndicats, qui ne cessent de contrer sa stratégie entrepreneuriale en tentant de figer le service public.

On ne peut donner tort au patron de La Poste lorsqu'il veut restructurer le réseau de ses succursales. Il est en effet absurde de vouloir conserver des dizaines d'offices que la clientèle ne fréquente plus. Les premières expériences démontrent que leur remplacement par un service à domicile garantit, dans la plupart des cas, des prestations tout aussi efficaces à la satisfaction des clients. Sans oublier que l'entreprise ouvre de nouveaux points de vente là où la demande s'est déplacée. De ce point de vue-là, La Poste doit disposer d'une liberté d'action relativement large et l'on peut douter de l'utilité de la commission consultative que le Conseil fédéral, poussé dans cette direction par un parlement rendu frileux par la proximité des élections, tente de lui imposer.

La création de ce corset contredit d'ailleurs les options précédentes retenues par les milieux politiques, qui ont demandé à La Poste de se donner les moyens d'affronter la concurrence. Mais on ne peut à la fois exiger d'elle qu'elle se prépare à la libéralisation, lui imposer une pratique conservatrice du service public et refuser de lui donner les moyens financiers nécessaires à cette stratégie dichotomique. Que les syndicats fassent pression pour figer les structures est normal: il leur appartient d'assurer un maximum d'emplois dans toutes les régions. Mais le rôle du parlement est différent. Ce serait bien qu'il s'en souvienne.

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