Le directoire de la Radio-Télévision suisse romande a osé l'impensable: nommer à la tête de la TV romande un homme qui n'est pas du sérail, un homme qui n'a pas usé ses complets dans les étages supérieurs de la tour du quai Ernest-Ansermet, un homme trop jeune pour avoir participé à la naissance de Temps présent. En choisissant Gilles Marchand, 38 ans, actuel directeur de Ringier Romandie, Jean Cavadini et son directoire ont donc fait preuve de courage. Un courage dont Gilles Marchand devra également faire preuve en prenant son nouveau poste l'an prochain, tant les défis qui l'attendent – pour passionnants qu'ils soient – pourront se révéler dangereux.

Il lui faudra d'abord tout le sens de la concertation dont on le crédite pour manager une équipe dont on connaît la propension à se diviser en clans rivaux, à attiser des querelles de chefs, à transformer la cafétéria de la TSR en véritable cage aux lions. Choisir Philippe Mottaz, dans cette optique, aurait signifié la victoire d'un des camps en présence et de nouvelles disputes en perspective.

Pourtant, la jeunesse mâtinée d'expérience de Gilles Marchand a sans doute davantage pesé dans la balance à l'heure du choix que ses capacités diplomatiques. La TSR – petite télévision provinciale face aux puissants groupes d'information – va devoir profondément évoluer ces prochaines années si elle veut tout simplement survivre. Suivre le formidable développement des nouvelles technologies, imposer sa particularité régionaliste à des téléspectateurs gavés de nouvelles chaînes à la pelle, résister devant l'appétit zurichois pour la manne de la redevance, autant de domaines où le bagage du nouveau directeur se révélera utile, tant par sa maîtrise du multimédia, sa connaissance du marketing que sa carrière dans un groupe de presse national.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.