Edito

Un choix moins restreint qu’il n’y paraît

Qui parmi Pierre Maudet, Isabelle Moret ou Ignazio Cassis succédera à Didier Burkhalter? Le groupe PLR aux Chambres désignera son ticket le 1er septembre

Trois candidatures pour remplacer un conseiller fédéral, cela paraît peu. Mais les profils, les expériences, les parcours de vie des trois prétendants sont suffisamment variés pour offrir un vrai choix au groupe libéral-radical. Celui-ci sera cependant dans l’embarras. Il ne pourra écarter ni Ignazio Cassis ni Isabelle Moret. Ce serait contester au Tessin le droit d’avoir de nouveau une voix à l’intérieur du Conseil fédéral ou rester sourd à la revendication des femmes PLR.

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Le PLR aura le choix entre deux solutions: transmettre, sans exprimer de préférence, les trois dossiers à l’Assemblée fédérale ou sacrifier Pierre Maudet. Ce second scénario comporte cependant un risque: celui de couper les ailes à l’une de ses rares vraies stars montantes, d’en faire un «Pierre le Maudit». Il est néanmoins envisageable, car la présentation de ses visions politiques en irritera plus d’un. Méconnu outre-Sarine, le Genevois doit certes redoubler d’efforts pour rendre son expérience exécutive et sa conception de la Suisse visibles. Sa démarche est donc justifiée.

Pourtant elle le fait apparaître en premier de classe, et cela risque de le desservir. Sur le fond, ses thèses montrent quelques faiblesses. Pierre Maudet se présente comme n’étant le candidat d’aucun lobby. L’argument est facile de la part d’un conseiller d’Etat à plein-temps qui n’est pas membre du parlement fédéral. Et la solution qu’il propose pour régler les différends entre la Suisse et l’UE, à savoir une instance d’arbitrage composée de deux juges qui en désignent un troisième, a déjà été discutée. Elle ne fait pas l’économie du débat sur les juges étrangers, car le troisième arbitre viendrait logiquement d’un Etat tiers. Son credo politique comprend cependant un volet qui lui donne un avantage sur ses rivaux: sa vision plus concrète des enjeux de la numérisation de la société.

Mais l’élection se jouera moins sur cet élément que sur les parcours et les aptitudes des candidats. Parce qu’elle a dû se battre pour s’imposer, Isabelle Moret, trilingue comme Ignazio Cassis, a vu sa personnalité s’affirmer au fil des années. Elle est devenue une figure importante du PLR, dont elle a été la vice-présidente, et est incontournable dans le débat sur les questions familiales. Son plus gros obstacle? Un conseiller fédéral vaudois déjà en place.

Formé à l’école de Fulvio Pelli, Ignazio Cassis n’est pas qu’un spécialiste de la santé et le régisseur d’un lobby de quatre caisses maladie. Dans sa fonction de chef du groupe PLR, il sait faire preuve d’autorité. Mais il ne se départit jamais de sa jovialité et est capable de sceller des alliances avec l’UDC (retraites) comme avec la gauche (préférence indigène). Une main de fer dans un gant de velours. Il est aussi, et c’est un élément clé, le candidat de ce Tessin qui, soumis à une singulière pression migratoire et salariale, est devenu un psychodrame suisse.

Il reste le favori. Mais, parce que le PLR tessinois ne présente que sa seule candidature, le choix est plus ouvert que prévu.

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