Charivari

Un ciel peut-il changer une vie?

De retour de Lisbonne, notre chroniqueuse est frappée par le contraste entre le ciel limpide de la capitale portugaise et la grisaille locale. Et si la météo faisait notre bien-être? questionne-t-elle

Cointrin, lundi 10 juin. Ce qui frappe dans le hall d’arrivée de l’aéroport genevois en cette fin de journée? Les visages tristes et fatigués des personnes qui attendent des passagers. Une expression d’extrême lassitude, un air méchamment froissé. L’explication ne tarde pas à s’imposer: une pluie en rideau, vigoureuse, tenace, tenant désespérément son tempo. «Ça fait deux jours que ça dure», soupire une passante. «Merci pour les barbecues entre amis!» ajoute-t-elle, dépitée. On compatit. D’autant qu’on revient de Lisbonne où, depuis vendredi, le ciel nous a réjouis. Beau bleu. Des nuages parfois, mais vite chassés par le vent. Et quelle lumière! Une atmosphère claire, cristalline, comme douchée par l’océan qui palpite, tout près.

Dans la ville blanche

Certes, ces derniers jours, il a plu des touristes comme jamais sur la capitale portugaise, mais son charme résiste à tout, même à des flots de badauds. Car le Tage est là, vert émeraude, altier avec son pont suspendu et son Cristo Rei en majesté sur la côte opposée. On raffole aussi des ruelles escarpées que gravissent avec courage les tramways, témoins du passé. Mais la star reste cette lumière à laquelle rend hommage Dans la ville blanche, un film du Suisse Alain Tanner. Lorsqu’on foule les trottoirs tissés de mini-pavés blancs, la fameuse calçada portuguesa, la lumière si particulière donne des envies de prendre la mer et de croquer la vie.

La Suisse plombée

Rien de tel donc à Genève, Lausanne, Fribourg ou Neuchâtel, assaisonnées par la pluie… Ce week-end de Pentecôte, la Suisse a connu des records de précipitations, jusqu’à 70 litres d’eau par mètre carré selon les régions (!), et cette météo chagrine a évidemment plombé les corps et les esprits. D’ailleurs, la question se pose à plus large échelle. Un ciel peut-il changer une vie? La réponse est facile puisqu’elle a déjà fait l’objet de diagnostics. Depuis le début du XXe siècle, lorsque les gens souffrent des poumons ou de rhumatismes, on les envoie se refaire sur les sommets. Genève, en particulier, coincée entre le Jura et le Salève, déborde d’humidité.

Le soleil, cette richesse

On est heureux de vivre au bout du Léman pour mille raisons, dont certaines tiennent à la beauté du site, mais la météo y est souvent barbouillée. Rousseau est-il peut-être devenu ce poète hyper-sensible et contrarié parce qu’il est né sous un stratus persistant? Et que dire des personnes météo-sensibles, 30 à 50% de la population selon certaines estimations, dont le ciel dicte les humeurs? Le Portugal n’est pas le pays le plus riche de la planète, c’est toujours le Luxembourg. Mais sa lumière, cristalline et altière, vaut de l’or.


Le précédent Charivari: On est riche de ce que l’on donne

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