Opinions

Un combat d'arrière-garde. Par Jean-Marc Béguin

Le peuple devra donc se prononcer sur la nouvelle révision de la loi sur le travail. Le référendum lancé par l'extrême gauche a abouti de justesse. Ses militants intransigeants voudraient rééditer le coup de 1996. Mais la situation n'est pas la même. La première révision de la loi sur le travail était à sens unique: elle sanctionnait une ligne dure imposée par la droite patronale contre l'avis, on s'en souvient, du Conseil fédéral et de Jean-Pascal Delamuraz en particulier. A l'époque les syndicats unanimes avaient lancé le référendum. Le vote populaire leur avait donné raison. Et la leçon a porté. Car en politique, même dans une démocratie de concordance, le résultat découle toujours d'un rapport de force. La nouvelle révision a largement tenu compte des critiques syndicales et le texte voté par le parlement reprend les points non contestés. C'est un compromis équilibré qui améliore sensiblement la protection des salariés. L'Union syndicale suisse et les syndicats chrétiens ne s'y sont pas trompés: ils ont refusé de soutenir le référendum, estimant la nouvelle loi meilleure que le statu quo. Et surtout, compte tenu du rapport de force politique au parlement, ils savent qu'il est illusoire d'imaginer qu'un rejet en votation populaire déboucherait sur une troisième version plus proche des vues de la gauche.

La révision introduit une flexibilité nécessaire aux entreprises pour rester compétitives. Donc assurer l'emploi en Suisse. En introduisant la notion de travail du soir et en permettant le travail de nuit des femmes dans l'industrie, avec un certain nombre de compensations, la nouvelle loi adapte notre législation à celles en vigueur dans les pays européens. Pour les référendaires c'est inacceptable. Mais le travail de nuit des femmes se généralise en Europe. La nouvelle loi en prend acte, mais fixe une compensation de 10% en temps de travail. La Suisse fait œuvre de pionnier en étant le seul pays européen a avoir introduit une telle mesure. Ce n'est pas négligeable.

Et puis, cessons de croire que toutes formes d'assouplissement des horaires de travail est forcément antisocial. Accompagné de solides garde-fous législatifs et contractuels, un aménagement équilibré du temps de travail offre également de nouvelles libertés aux salariés. Mais de cela, les référendaires n'en ont cure. Ils sont dans une autre logique. Une logique politique d'opposition fondamentale. Dans cette perspective tout compromis est forcément une trahison. Rien ne neuf dans ce combat d'arrière garde: cette tactique a toujours été celle de l'extrême gauche qui, si elle n'a jamais pu obtenir une assise politique solide, a réussi à placer un certain nombre de ses militants à des postes clés dans les sections romandes de l'USS. Le débat s'annonce donc houleux. Il ne devrait pas empêcher la Suisse de se doter d'une législation économiquement nécessaire et socialement équilibrée.

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