revue de presse

Un condamné à mort agonise sans fin: exécution ratée aux Etats-Unis

L’Etat d’Oklahoma testait une nouvelle procédure, visant à remplacer le pentobarbital que l’Europe refuse désormais de fournir aux Américains. Du coup, la mise à mort a viré au supplice, à l’indignation générale

«Quelque chose ne va pas?» a demandé innocemment le condamné. Non, quelque chose n’allait vraiment pas, visiblement, à ce moment-là, puisque mardi soir, «Oklahoma tortured a man to death», décrit un blog du Washington Post. «L’Oklahoma a torturé un homme jusqu’à la mort», donc; un homme qui a fini par succomber après quarante-trois minutes d’atroce agonie, rapporte le site de TF1. Après les tornades de ces derniers jours qui ont fait beaucoup de dégâts dans la région, voilà une affaire qui a très mal tourné mardi soir et qui fait encore parler de ce maudit Etat américain.

Car il n’aura pas fallu moins de deux tentatives par injection létale pour qu’un condamné à mort soit délivré de son supplice, à lire le compte rendu de la National Public Radio. Du coup, une seconde exécution, prévue le même jour, a été reportée. Ces deux mises à mort «devaient être réalisées au moyen d’un nouveau protocole qui n’avait jamais été testé», rapporte Le Monde. La procédure «prévoit l’injection de trois produits au condamné: un sédatif, un anesthésiant et du chlorure de potassium à dose létale», explique en détail le Huff Post.

Il «s’est mis à bouger»

Mais comment cela est-il possible? Dans les faits, indique le quotidien français, «le premier produit a été administré à Clayton Lockett, condamné à mort en 2000 pour le viol et le meurtre d’une jeune femme, qu’il avait enlevée, frappée et enterrée vivante. Le condamné a été déclaré inconscient» dix minutes plus tard. Puis «on lui a injecté les deux autres produits prévus». Et là survint presque aussitôt l’impensable de l’impensable: malgré le cocktail censé être mortel, le malheureux «s’est mis à bouger, respirant très fort, serrant les dents». Des témoins indiquent même, selon le New York Times (NYT), que l’homme a pu prononcer quelques mots.

En janvier dans l’Ohio, un condamné à mort avait déjà agonisé pendant près d’une demi-heure. Face au précédent et à cette nouvelle situation intenable que décrit notamment la télévision KJRH, citée par les New York Daily News, «un membre de l’équipe pénitentiaire est venu tirer les rideaux pour empêcher les témoins» d’assister au massacre. Lequel serait dû à un «échec de l’intraveineuse»: une veine aurait éclaté et les drogues n’auraient pas fait «le travail escompté». «Vein Failure», disent les autorités, citées par le Wall Street Journal. C’est aussi ce que rapporte l’agence Associated Press, dont une journaliste, Bailey Elise McBride (@baileyelise) , a donné le détail sur son compte Twitter «après être sortie de la salle d’exécution» et dont tous les micromessages sont publiés par le Washington Post.

«Ça ressemblait à de la torture»

Le NYT précise que, sans l’effet du sédatif, l’injection des deux autres produits provoque «une suffocation et des douleurs atroces». «C’était extrêmement difficile de voir ça. Ça ressemblait à de la torture», ont déclaré, à la sortie de la salle d’exécution, les avocats de Clayton Lockett, qui s’est agité «dans tous les sens et semblait se tordre de douleur», «soulevant les épaules de la table d’exécution et prononçant des grognements et des mots incompréhensibles», confirment France Info et Le Huffington Post. «Il était conscient, clignait des yeux et léchait ses lèvres, puis il s’est mis à avoir des convulsions»…

Mais passons. «Le condamné est finalement mort d’une crise cardiaque […] près de trois quarts d’heure après le début de l’exécution.» A la suite de quoi la gouverneure de l’Etat d’Oklahoma, Mary Fallin, a demandé «un examen complet de la procédure». On lui souhaite bonne chance, puisque «le site d’information Mother Jones rapporte que le mélange utilisé mardi n’avait été utilisé qu’une seule fois en Floride, en 2013 et avec des doses cinq fois plus importantes, et que l’Etat d’Oklahoma, voulant rester discret sur la provenance de ces produits, n’aurait pas gardé trace de la transaction liée à leur achat»…

L’Europe freine

Il faut dire que «l’Oklahoma, comme d’autres Etats américains, était confronté à une pénurie de barbituriques pour ses exécutions», explique Le Figaro, puisque les pharmas européennes sont désormais très réticentes à fournir l’anesthésiant le plus courant (le pentobarbital) aux Etats-Unis, pour des raisons déontologiques. «Faute d’anesthésiant pour les injections intraveineuses», la défense des deux prisonniers américains avait ainsi «déposé en vain de nombreux recours pour obtenir des renseignements» sur ces produits de substitution.

La Cour suprême de l’Oklahoma, après avoir suspendu indéfiniment les deux exécutions le temps de résoudre cette controverse, avait estimé que les deux hommes «n’avaient pas plus le droit aux informations qu’ils demandaient que s’ils étaient exécutés sur la chaise électrique». Car «l’Etat avait fini par réussir à s’approvisionner» grâce «à des préparateurs en pharmacie, qui ne sont pas homologués au niveau fédéral, ce qui entraîne une multiplication des recours judiciaires d’avocats qui craignent que leurs clients ne succombent dans des souffrances inconstitutionnelles». Notons au passage l’expression, bien américaine: des souffrances inconstitutionnelles.

«Une mort trop douce»

Du coup, beaucoup estiment qu’aucune exécution ne peut désormais être autorisée en Oklahoma, tant qu’on n’en saura pas plus sur ce fiasco, placé sous enquête de la Cour suprême de l’Etat, avec ordonnance d’autopsie et tout ce qui s’en suit dans un cas aussi pénible. De quoi relancer, une nouvelle fois, le débat sur la peine de mort aux Etats-Unis, pense le Financial Times. Au sujet de laquelle un ex-gardien de prison témoigne dans le Los Angeles Times. Il pense notamment que l’exécution par injection létale ne donne pas satisfaction aux familles lésées, puisque c’est «une mort trop douce» pour les criminels qui ont tué, eux, sans état d’âme…

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