Éditorial

Un Conseil des Etats plus polarisé

ÉDITORIAL. A Berne comme au Tessin, le PS et l’UDC l’emportent, traduisant une radicalisation des fronts à la Chambre haute. Les compromis pourraient être plus difficiles à trouver

C’est peut-être une évidence en politique suisse, mais elle mérite d’être rappelée alors que la composition du Conseil des Etats est quasiment définitive. Les élections fédérales n’en sont pas vraiment: elles sont l’addition de 26 scrutins cantonaux qui ont chacun leur propre contexte, leurs propres alliances et leurs propres personnalités. Difficile dès lors d’en tirer des conclusions péremptoires.

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Voilà un mois, le peuple avait cassé la majorité UDC-PLR au Conseil national. Il avait sanctionné tous les partis gouvernementaux dans une forme de dégagisme à la suisse, c’est-à-dire à dose homéopathique. Tous ces partis ont perdu des plumes, mais sans qu’on assiste à des effondrements comme ailleurs en Europe. Les forces écologistes et les femmes ont certes réussi de spectaculaires percées à la Chambre du peuple, mais on attendait qu’elles confirment au Conseil des Etats.

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Or, force est de reconnaître que cette confirmation n’est pas venue. Le canton de Berne a élu deux politiciens de 67 et de 57 ans, Hans Stöckli et Werner Salzmann, incarnant tous deux le «vieil homme blanc» censé avoir fait son temps. Sacrée «reine des élections» par tous les médias le 20 octobre dernier, la présidente des Verts Regula Rytz a essuyé une défaite somme toute assez nette. A Saint-Gall, deux hommes aussi l’ont emporté, dont le doyen de la Coupole, Paul Rechsteiner (PS), présent depuis trente-trois ans à Berne. Deux hommes encore à Zurich, n’ayant laissé aucune chance à la cheffe du groupe des Vert’libéraux, Tiana Angelina Moser, dont le parti ne sera même pas représenté au sénat.

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Seule exception ce week-end, la surprise tessinoise, où le chef du groupe PDC, Filippo Lombardi, mord la poussière tout comme le PLR, cela au profit de Marco Chiesa (UDC) et de Marina Carobbio (PS), l’actuelle présidente du Conseil national. C’est là que réside la principale leçon à retenir. Certes, les blocs de gauche, du centre et de droite restent d’une étonnante stabilité à la chambre dite de réflexion. Mais celle-ci se polarise à son tour. Cela ne manque pas d’inquiéter, car c’était elle qui, lors de la législature qui s’achève, avait trouvé les principaux compromis pour sauver quelques chantiers du naufrage comme la loi sur le CO2 et la réforme de la fiscalité des entreprises.

Malgré des résultats qualifiés d’«historiques» en octobre dernier, la Suisse reste un îlot de stabilité au sein d’une Europe marquée par de profonds bouleversements politiques. Mais le nouveau parlement ne devrait pas oublier que son travail a été conspué lors des grèves des femmes et du climat. A l’avenir, il serait bien inspiré d’écouter cette colère-là.

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