Édito

Un conseiller fédéral vert serait sans doute trop rouge

ÉDITORIAL. Des spéculations imaginent une drôle d’alliance pour porter une candidature verte au gouvernement. Mais il y a plusieurs éléments à prendre en compte avant de la sceller

Alors que l’on spécule sur une possible candidature des Verts au Conseil fédéral, l’évaluation annuelle des parlementaires effectuée par l’institut Sotomo pour la NZZ et Le Temps apporte une information qui pèsera sur les discussions à venir: jamais les Verts n’ont été aussi fortement ancrés à gauche. Comme on a coutume de le dire de l’UDC à l’autre extrémité de l’échiquier, il n’y a, sur leur flanc gauche, que le mur.

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C’est un élément que devront prendre en compte celles et ceux qui songent à une possible candidature jumelée des Verts et des Vert’libéraux. Evoquée dans la presse dominicale, mais non confirmée, cette idée semble découler du constat que, si l’on additionne les pronostics des derniers sondages, Verts et Vert’libéraux représenteraient une force de 18%, supérieure au PLR.

Cette manière de mesurer le droit d’accès au Conseil fédéral est innovante. Elle s’éloigne de la logique arithmétique introduite en 1959, qui accordait deux mandats aux trois plus grands partis et un seul au quatrième. Certes, cette logique a été brisée dans l’histoire récente. D’abord lorsque l’UDC a été priée de patienter une législature avant d’obtenir un deuxième conseiller fédéral. Puis lorsque le petit Parti bourgeois-démocratique, créé sur mesure pour Eveline Widmer-Schlumpf, est devenu gouvernemental. On est revenu à la pratique arithmétique stricte en 2015, avec deux UDC, deux socialistes, deux PLR et une démocrate-chrétienne.

Ce que certaines têtes pensantes des Verts et des Vert’libéraux semblent imaginer aujourd’hui, c’est cependant autre chose. Elles additionnent les forces respectives de leurs deux formations. Or, comme le démontre l’évaluation de Sotomo, celles-ci sont politiquement éloignées l’une de l’autre. Il ne suffit pas de constater qu’elles défendent des positions proches pour le climat et la transition énergétique pour en faire un mouvement – à défaut d’un parti – gouvernemental. Elles divergent profondément dans d’autres domaines, comme l’économie de marché, la politique budgétaire ou sociale. Il faut ajouter que ces deux partis sont insignifiants au Conseil des Etats, où le PDC et le PLR resteront forts.

Si les Verts souhaitent accéder au Conseil fédéral, ils devront miser sur leurs propres valeurs plutôt que sur un artifice comptable, et peut-être mettre un peu d’eau dans leur vin très rouge. Ils devront sans doute faire comme l’UDC: patienter un tour.

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