Le peuple genevois est appelé à se prononcer sur trois lois relatives à la gouvernance des établissements de droit public, à savoir les Hôpitaux universitaires genevois, les Services industriels genevois et les Transports publics genevois, qui sont combattues par référendums lancés par les socialistes, A gauche toute!, les Verts ainsi que par les syndicats.

En fait de gouvernance, il ne s'agit que de la composition des conseils d'administration de ces établissements, qui prévoit actuellement une représentation politique équilibrée puisque ces conseils comptent un membre par parti représenté au Grand Conseil, ainsi qu'une représentation du personnel.

Cette réforme a été menée par les partis de droite, qui n'ont pas accepté de lancer d'abord une véritable réflexion sur l'ensemble de la gouvernance de ces établissements, notamment le contrôle démocratique, les traitements des membres de ces conseils, l'opportunité d'accorder des boni, la question de la transparence, etc., comme l'avait proposé le groupe socialiste au Grand Conseil.

A la faveur des polémiques qui se sont développées autour des jetons de présence du président de SIG, ils se sont entêtés à faire voter la diminution drastique des membres des conseils d'administration en imposant au passage l'incompatibilité entre un mandat d'administrateur et celui de député, arguant du fait qu'un député serait forcément incompétent dans ce type de fonction.

Quand les partis de droite avaient le monopole des sièges dans ces conseils, personne n'a jamais mis en doute leur capacité à siéger dans ces établissements. Une brusque amnésie empêche certains de se rappeler que ceux qui étaient aux commandes de la banque cantonale pendant des décennies ont empêché l'ouverture de son conseil d'administration sous prétexte de professionnalisme et l'on sait ce qui en est advenu à la fin des années nonante, ainsi que la lourde facture qui a été laissée à l'Etat, donc aux contribuables genevois!

Néanmoins, ce qui peut apparaître comme une «genevoiserie» pose en fait un débat de fond sur le contrôle démocratique des régies publiques: en brandissant le slogan d'une «dépolitisation» de ces entités, les partis de l'Entente bourgeoise et l'UDC cachent mal leur intention de s'attribuer tous les sièges.

Le risque réel réside dans le fait que ces établissements soient tout simplement livrés à la majorité politique du moment, ce qui ne laisse pas présager une saine évolution. Car même si les députés n'ont plus le droit d'y siéger, ce seront des représentants des mêmes partis qui s'accapareront tous les sièges. Cette réforme se justifie à leurs yeux par les recommandations du Groupe de travail sur la privatisation de l'OCDE, ce qui n'est pas fait pour nous rassurer. Il y a lieu de s'inquiéter des possibles dérives technocratiques avec des administrateurs dont les préoccupations seront plus guidées par les lois de la concurrence et du profit que par celles du bien commun.

Si ces lois passent, les représentants du personnel se résumeront à une personne, ce qui les réduit à un rôle d'alibi; en outre, les HUG accueilleraient un représentant de Santé Suisse, mais personne du côté des usagers. De même, la Ville de Genève, pourtant importante actionnaire de SIG, verra sa représentation considérablement diminuée: il est vrai qu'elle a le «tort» d'être à gauche...

Les promoteurs de ces lois déclarent avec candeur qu'il n'y a nul besoin d'un contrôle par les partis sur les activités de ces établissements et que c'est le rôle du Grand Conseil d'assumer cette tâche. Ils nous expliqueront comment un Grand Conseil composé de miliciens déjà surchargés va réussir là où le Conseil d'Etat n'a pas précisément brillé.

Ajoutons un détail piquant sur les jetons de présence versés aux administrateurs: les partis de l'Entente, qui accusent la gauche de compter sur cette manne pour son financement, ont déposé il y a quelques mois un projet de loi destiné à financer les partis politiques en argumentant qu'il fallait combler le manque à gagner consécutif à l'adoption de ces projets qui allaient réduire drastiquement les conseils d'administration des régies publiques. Mais ce projet ne prévoyait pas de réelle transparence sur le financement global des partis et a été heureusement refusé en commission des droits politiques.

Le rejet de ces trois lois par les socialistes ne signifie en aucun cas un refus de débattre sans tabou des problèmes liés à la bonne gouvernance des établissements de droit public mais il s'agit de lancer une réflexion de fond qui ait plus de hauteur que ces lois qui masquent à peine les intentions hégémoniques de leurs auteurs.

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