SUISSE-EUROPE EXPRESS

Un corbeau, deux corbeaux, trois corbeaux…

Les opposants à la libre-circulation avaient caricaturé les travailleurs roumains et bulgares. Un nouveau rapport de la Commission Européenne brosse, lui, une image plus réaliste, mais non moins critique, de l’intégration des deux pays-membres entrés en 2007.

Et cette fois, combien de «corbeaux»? L’idée m’a été soufflée la semaine dernière à Bruxelles, d’un ton rieur et provocateur, par un collègue roumain.

Pourquoi la Commission européenne ne transformerait-elle pas les volatiles helvétiques de l’UDC en notations, au bas des deux nouveaux rapports sur la Bulgarie et la Roumanie rendus publics le 12 février? Ironique renvoi d’ascenseur communautaire. Un corbeau serait égal à un mauvais point. Deux corbeaux à un problème sérieux. Trois corbeaux auraient valeur de signal d’alarme. Et à quatre, on frôlerait la catastrophe. Un peu comme les étoiles décernées par les critiques de cinéma. Mais à l’envers, pour montrer ce qui ne va pas au sein des vingt-sept pays membres de l’UE. «Un label qualité suisse!» a rajouté mon vénéneux confrère, dans la salle de presse du Berlaimont, le QG de la Commission, ravi des 59,6% de «oui» du 8 février.

Fort de ce baromètre tout en plumes et croassements, la lecture des deux rapports permet de constater que le ciel bulgare s’éclaircit. Certes, Sofia doit, selon la Commission, poursuivre ses efforts pour améliorer son système judiciaire et lutter contre la corruption. Mais il y a du mieux. La Commission se réjouit notamment du lancement d’un projet pilote d’équipes communes d’enquête contre la criminalité organisée, qui doit aboutir à des mises en examen. Le Conseil supérieur de la magistrature bulgare est bien noté. Une loi sur les conflits d’intérêts a été adoptée et celle sur les marchés publics a été modifiée. Restent en attente celles sur les échanges de terres, le financement des partis et la confiscation des avoirs d’origine criminelle.

Note finale: un corbeau sur notre échelle de quatre, et une addition salée. La Bulgarie a, rappelons-le, perdu l’an dernier 220 millions d’euros d’aide de préadhésion et 560 autres millions demeurent suspendus.

Ciel plus sombre, en revanche, au dessus de la Roumanie. Il plane comme un air d’Hitchcock au dessus de Bucarest, où les évaluateurs européens jouent aux oiseaux de mauvais augure. «Le rythme des progrès notés en 2008 n’a pas été maintenu» accuse le rapport de la Commission, qui s’en prend aux blocages du parlement roumain, accusé d’avoir modifié la procédure de nomination des procureurs et d’avoir à plusieurs reprises tenté d’altérer le code de procédure pénale pour limiter fortement les droits du ministère public.

Note finale: deux corbeaux sur quatre. Les élections législatives de la fin 2008, puis la nomination à la tête du gouvernement du juriste Emil Boc par le président Traian Basescu doivent maintenant produire leurs effets. Elles démontreront si, dans le delta du Danube bien connu pour abriter les oiseaux migrateurs, les hirondelles de l’Etat de droit viendront, au printemps, remplacer les plumages noirs de l’économie de l’ombre.

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