Max Schrems, ce héros? A première vue, le juriste autrichien de 28 ans a réussi un exploit. Via un arrêt de la Cour européenne de Justice, l'homme a obtenu que l'accord entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur le transfert de données, en vigueur depuis 2010, devienne caduc. Il accusait Facebook de laisser trop facilement Washington renifler les données envoyées par le réseau social depuis l'Irlande vers la Californie. Max Schrems a obtenu que l'accord transatlantique devienne caduc.

La cause de ce juriste est noble. Car cet accord ne reposait que sur une chose: la confiance. Les Européens ne faisaient aucune vérification sur les données aspirées par les sociétés américaines et aspirées aux Etats-Unis. Et encore moins sur ce qui passait ensuite sur sol américain. Dans ce sens, l'électrochoc causé par la Cour européenne de justice est salutaire, car il obligera les deux parties à renégocier un accord cadre plus contraignant.

Mais ne soyons pas naïfs. Si la forme va changer, le fond demeurera le même. L'empressement avec lequel la présidence luxembourgeoise de l'Union européenne a annoncé mardi vouloir trouver un nouvel accord indique que le nouveau «Safe Harbor» ne sera certainement si différent du précédent. De plus, sans vouloir faire preuve de défaitisme, le plus pointilleux des accords n'empêchera sans doute pas Facebook, Google ou Delta Airlines d'envoyer, par des voies détournées, des données vers leurs sièges américains. Et ce quelle que soit la localisation de leurs centres de données, en Norvège ou au Canada. Enfin, même si tout devait se passer dans les règles de l'art, rien ne garantit que des données stockées uniquement sur le sol européen ne soient pas reniflées par la NSA via ses nombreuses antennes et sondes…

Moralité de l'histoire? Les autorités de protection de données les plus pugnaces au niveau européen ne remplaceront pas la vigilance de l'internaute. A lui d'être conscient que ce qu'il publie en ligne, stocke dans les nuages ou envoie par email ne sera sans doute jamais effacé et pourra être intercepté par des tiers. A lui aussi de se souvenir que si Facebook est gratuit, c'est parce qu'il lui confie en échange ses données, qui sont analysées de manière plus en plus précise.

Max Schrems a réussi un coup d'éclat. Mais, qu'on le veuille ou non, l'internaute reste maître de ses actes.

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