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Un coup joliment monté

On l'avait prise à première vue comme une rodomontade un peu puérile. La double proposition, émise par des parlementaires radicaux et libéraux, de riposter par un contre-boycott aux menaces américaines de boycotter les banques suisses avait suscité plus de perplexité et de railleries que de réel intérêt. Les railleurs avaient tort. La déclaration commune faite jeudi simultanément à Berne et à Washington par les gouvernements suisse et américain pour condamner les appels aux sanctions et au boycott et les qualifier d'injustifiés et contre-productifs le démontre a posteriori.

Ces deux interventions parlementaires n'étaient donc pas uniquement le fruit de l'irritation et de l'imagination de quelques députés s'échauffant en vase clos mais s'inscrivaient dans une démarche politique concertée et calculée à différents échelons. Pour que Berne et Washington puissent s'associer dans une condamnation mutuelle, il fallait bien que la Suisse ait quelque chose à condamner.

Pour être crédible, l'appel au contre-boycott ne pouvait guère venir que du Parlement. En référence aux pressions exercées aux Etats-Unis par des métropoles, des Etats ou des organisations juives, on ne voit pas d'autres organismes ou institutions qui aient pu, en Suisse, faire le poids. Le fait que l'appel aux mesures de rétorsion émane des partis radical et libéral est loin d'être indifférent, sur les plans national et international. En politique intérieure, ces deux partis se sont ainsi profilés en coupant l'herbe sous les pieds des nationalistes et de l'UDC. Apparemment ceux-ci n'y avaient tout simplement pas pensé. Cette démarche permet à la droite classique de réinvestir et d'occuper le champ de la dignité nationale bafouée, mais de le faire en mineur, sans exciter les foules ni risquer de provoquer une flambée d'antiaméricanisme ou d'antisémitisme. En appelant à un échange de mauvais procédés on reste en quelque sorte dans un cadre usuel de marchandages et de gesticulations sur la scène internationale sans trop titiller de mauvais instincts.

Cela permet également au Conseil fédéral d'apparaître sur une scène d'où il était absent. En s'associant avec le gouvernement américain pour condamner les appels au boycott, le Conseil fédéral se donne l'apparence, pour l'opinion, de stigmatiser bien plus les menaces américaines de boycott, qui constituent une menace bien réelle, que les velléités helvétiques de rétorsion. En ce sens, c'est d'autant mieux qu'on n'ait guère pris celles-ci au sérieux.

Voilà donc un coup assez finement joué, dans un contexte où les différents protagonistes, du côté suisse, ont jusqu'ici plutôt pataugé. Mieux vaudrait, évidemment, que tout cela serve à quelque chose, ou tout au moins qu'on puisse affecter de le prétendre avec un minimum de crédibilité.

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