La Suisse reste un des seuls pays où le titre d'une société, le bon Roche en l'occurrence, se traite à la Bourse suisse aux environs de 18 000 francs. Cela valait pour un capitalisme à l'ancienne où les sociétés se blottissaient les unes contre les autres pour se protéger du monde extérieur et s'échangeaient les participants à leurs tables de conseil d'administration. Mais le vent venu de l'Ouest a bouleversé la manière de faire des affaires.

Désormais non seulement les flux internationaux de capitaux deviennent indispensables pour assurer la bonne marche d'une compagnie, mais il faut aussi savoir courtiser les investisseurs individuels. Imaginait-on il y a encore cinq ans le patron d'une des premières entreprises suisses draguer le petit épargnant en lui promettant une place dans son capital pour moins de cent francs? C'est ce qu'a fait Daniel Vasella, le président de Novartis, à Bâle jeudi. Un tel signal ne doit pas être négligé: il annonce que les particuliers font désormais partie de la stratégie de développement des poids lourds de la cote.

La Nouvelle Economie et ses acteurs ont permis ce basculement dans un capitalisme plus ouvert. Le Réseau, une association qui vise à promouvoir la création d'entreprises en Suisse, avait milité pour l'abaissement de la valeur nominale des actions afin de permettre la mise en place de véritables plans de stock-options. Cet outil reste le moyen le plus efficace pour constituer des entreprises basées, non pas sur le capital, mais sur les compétences et les talents des individus. Peu d'observateurs avaient entrevu que ce bouleversement dans le droit des sociétés, qui trouvera à s'appliquer au 1er mai, serait utilisé aussi rapidement à leur avantage par les plus grandes sociétés du pays. Tant mieux, puisque cela fait courir un revigorant courant d'air frais dans le monde des affaires. On peut seulement regretter que les dirigeants des grandes entreprises n'aient pas pris plus tôt au sérieux les investiseurs individuels.

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