Revue de presse

Un député UDC fribourgeois impliqué dans l’empoisonnement de la louve de Jaun?

L’affaire agite le landerneau gruérien depuis la fin de la semaine dernière. Roger Schuwey nie toute implication dans le massacre de neuf animaux ce mois de juin. Mais il a des antécédents, et la police a retrouvé du poison à son domicile

Samedi dernier, La Liberté de Fribourg révélait que la veille, une louve avait été retrouvée morte en Gruyère, à La Villette (Im Fang en allemand), près de Bellegarde (Jaun). Une première cantonale. D’abord, l’animal n’a «pas été identifié et les causes de sa mort» demeuraient «inconnues». Un empoisonnement a toutefois été jugé «plausible» et une enquête policière ouverte, du fait que l’animal ne présentait «a priori aucune trace de tir, ni de fracture claire», selon Dominique Schaller-Jolidon, le chef du Service des forêts et de la faune (SFF).

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Une autopsie devait donc logiquement suivre, qui a été effectuée ce lundi par l’Institut de pathologie de l’Université de Berne. Elle confirme, écrit encore La Liberté, «selon toute vraisemblance», la thèse de l’empoisonnement. Mais cela n’est pas tout, car «huit autres mammifères et un oiseau ont subi le même sort». Dans le détail, il s’agit de «six renards, un milan royal, un chat et un blaireau […] découverts entre les 6 et 9 juin 2017 dans le même secteur», a indiqué le Ministère public lundi dans un communiqué. Un vrai massacre.

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Une procédure pénale a donc été ouverte, elle vise «une personne pour délit contre la loi fédérale sur la protection des animaux». Sur ce prévenu, il n’a d’abord été «donné aucune information quant à son identité». Il niait d’ailleurs «être à l’origine de ces actes délictueux». Seulement voilà, selon les informations de la RTS, on a également appris lundi soir qu'«une perquisition» avait été menée samedi à Im Fang – ce qu’a confirmé la police cantonale fribourgeoise (PCF) – au domicile du député UDC au Grand Conseil fribourgeois Roger Schuwey. Une personnalité de cette région située sur la frontière linguistique, donc, qui intéresse maintenant aussi la Suisse alémanique:

«Contacté, il confirme cette perquisition» mais, insiste aussi RTS Info, il «nie toute implication dans cette affaire», en précisant que «chaque fois que ce type de problème se présente, les policiers et les garde-faune viennent tout de suite» chez lui. Sans doute pas par hasard, selon le journal La Gruyère, puisque le 3 février 2015, une ordonnance pénale avait condamné l’hôtelier et député UDC de La Villette à une peine de vingt jours-amendes à 130 francs, avec sursis pendant deux ans, ainsi qu’à une amende de 800 francs «pour supplice sur animaux et contravention à la loi sur la chasse et la protection des mammifères, des oiseaux sauvages et de leurs biotopes».

Enfin, on a appris mardi matin que de «nouveaux éléments» étaient intervenus dans l’affaire. La Liberté «a pu se procurer le journal de police décrivant la perquisition menée samedi au domicile de Roger Schuwey. Selon ce document, les agents et les garde-faune y ont trouvé une bouteille en PET contenant du poison et des bacs remplis de restes de viande. Cinq armes longues non déclarées ainsi qu’une carabine munitionnée ont également été séquestrées.»

Précisions encore que «situé à la même adresse que l’hôtel-restaurant Zur Hochmatt dont il est propriétaire, le domicile de Roger Schuwey se trouve «à proximité immédiate» de l’endroit où ont été retrouvés» tous les cadavres d’animaux. Directement inquiété, il a donc annoncé «avoir contacté lundi Nicolas Kolly pour le défendre. Egalement député UDC et actif au sein d’une étude d’avocats de Fribourg, ce dernier refuse d’annoncer s’il défend ou non son camarade de parti.»

Du poison «pour les fourmis»

Joint par téléphone par le quotidien fribourgeois, Roger Schuwey se justifie «point par point». «D’abord au sujet du poison»: «C’est un liquide pour tuer les fourmis. Je l’ai reçu d’un collègue. Je l’ai utilisé une fois, et il n’a même pas fonctionné. Je ne l’ai pas employé depuis longtemps», assure-t-il. Le Gruérien attend dès lors les analyses du poison utilisé pour tuer la louve: «Ils verront bien que ce n’est pas du poison pour les fourmis.» Et au sujet des bacs de viande? Roger Schuwey «a également une explication»: «Ces bacs auraient été récupérés dans des containers par la police et contiennent les restes de viande du restaurant dont il est propriétaire.»

«J’en donne aussi aux chiens et aux chats», dit-il. Un homme qui semble donc généreux avec les animaux, mais en remontant au 30 septembre 2014, date des faits pour lesquels il avait été condamné, La Gruyère raconte que «lors d’une partie de chasse», il avait «blessé un chamois de deux balles. Peu après, un troisième tir ratait l’animal. Alors même que le chamois était resté dans son champ de vision», il avait alors «attendu 40 minutes avant de tenter de l’achever d’une quatrième balle. Caramba, encore raté! L’amateur a alors poursuivi l’animal à pied jusqu’à ce qu’il puisse le saisir par les cornes et l’achever enfin d’une balle tirée d’une arme de poing. Ce, pas moins de septante minutes après l’avoir blessé.»

Mais encore…

Le journal de Bulle rappelle aussi que le dossier est chargé, puisque en 2013, Roger Schuwey «avait été condamné à quinze jours-amendes à 120 francs, soit 1800 francs, pour tirs illégaux sur trois renards en dehors de la période de chasse, et à moins de 100 mètres des habitations les plus proches. Il avait abandonné les trois bêtes, dont l’une encore vivante, dans un sac-poubelle devant le centre de collecte de déchets animaux à Broc.»

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