Revue de presse

Un désastre écologique après le naufrage en mer de Chine? Pas si sûr

Tant que le tanker «Sanchi» brûlait, les condensats qu’il transportait s’évaporaient en grande partie. Mais maintenant qu’il a sombré, ils se répandent dans un écosystème très riche. Est-ce grave? Les experts sont divisés

C’est fini pour lui: le MV Sanchi, un pétrolier Suezmax battant pavillon panaméen mis en service en 2008 et exploité par la National Iranian Tanker Company – filiale de la National Iranian Oil Company – gît au fond de l’eau. Le naufrage du bâtiment pourrait cependant provoquer une catastrophe écologique majeure en mer de Chine orientale, mais tout le monde est loin d’être d’accord à ce propos. Le bateau, qui transportait 136 000 tonnes de condensats – des hydrocarbures légers – a sombré dimanche après avoir brûlé pendant une semaine à la suite d’une collision avec un cargo à environ 300 km au large, dans la baie de Hangzhou, au sud-est de Shanghai.

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Si la totalité de l’équipage a péri, les experts peinent donc encore à évaluer le degré de pollution des eaux, selon CourrierInternational.com, qui cite le pure player chinois Jiemian.com. «Une longue nappe de pétrole a déjà pu être observée à la surface, et elle s’étend rapidement», selon des responsables cités par le site:

«Mais tandis que les responsables de la pisciculture de Zhoushan, groupe d’îles de la baie de Hangzhou, se sont mis d’eux-mêmes en état d’alerte, les pêcheurs des environs, eux, n’ont pas reçu d’interdiction et sortent tous les jours depuis l’accident.» A ce stade, on ignore encore «quelles mesures seront prises pour parer aux conséquences de cette pollution. Selon le quotidien officiel chinois Renmin Ribao Haiwaiban – via News.sina.com.cn – qui se fonde «sur des observations aériennes de l’Office national océanique réalisées le 15 janvier», la nappe d’hydrocarbures mesurerait «58 km² et s’élargirait vers le nord, sous l’effet des vents et des courants».

«La récupération de pétrole d’un navire coulé est une technique relativement bien connue, lorsque des plongeurs peuvent s’approcher», indique aussi Yin Yongjun, professeur d’ingénierie du sauvetage de l’Université maritime de Dalian, interrogé par le quotidien scientifique Keji Ribao (via Xinhuanet.com). La Chine maîtrise «certaines de ces techniques […], mais pas au niveau international de pointe», selon cet expert.

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Résultat des courses, il s’avère en fait très «compliqué de prévoir l’impact sur l’écosystème marin, car le Sanchi transportait du pétrole ultraléger et non du brut», rappelle Libération. Les officiels chinois auraient ainsi tendance à minimiser les conséquences environnementales, tandis que pour des organisations comme Greenpeace, «à cause des mauvaises conditions météo, il est impossible d’estimer quel volume de condensat a brûlé, et quelle quantité va être poussée vers le sud-est par les vents et les courants.»

Il faut savoir aussi que «contrairement au pétrole brut», les condensats ne forment une nappe à la surface de la mer que très momentanément, pour se diluer ensuite «dans l’eau en libérant des composés hautement toxiques pour la faune sous-marine»: «Poissons et planctons qui entrent en contact avec ces polluants peuvent contracter des maladies, voire mourir à plus ou moins brève échéance.» Le site de France Télévisions signale en tout cas que «de toute l’histoire du pétrole, c’est le plus gros rejet de condensat dans la nature».

Le «pire scénario»…

Le fait que le mastodonte iranien «ait coulé aggrave […] le risque d’une catastrophe environnementale», pour Radio France internationale. C’était «le pire scénario envisageable», car «tant que le tanker brûlait encore», les condensats «continuaient à s’évaporer». Alors que maintenant, ils «se répandent dans l’eau»… Soit dans un écosystème très riche en faune sous-marine, dont dépendent fortement les pêcheurs de la région. Ce, sans compter qu’en sombrant, le navire peut «libérer le mazout qui était nécessaire à son fonctionnement, soit un millier de tonnes d’un pétrole sale, toxique et nocif», précise France Inter.

… ou faut-il relativiser?

Autre son de cloche dans Le Monde, qui observe les travaux du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), à Brest. «Cette association, qui réunit des acteurs publics et privés, a pour mission de partager son expertise en particulier lors des marées noires.» Christophe Rousseau, son directeur adjoint, pense que «ce qui reste dans le navire […] va remonter et s’évaporer. Cela ne va pas durer éternellement.» Et pour lui, les nappes observées à la surface de l’eau posent quelques questions: personne ne sait «s’il s’agit de condensat ou du fioul destiné aux machines du navire».

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