Opinion

Un double oui pour sauver l’AVS et assurer les retraites

Contrairement à ce qu’affirment les opposants à la réforme des retraites, le projet Berset est favorable à une majorité des femmes, estime le conseiller national Daniel Brélaz

La dernière révision de l’AVS date de 1995. Entre-temps, le rendement des placements financiers a plongé, la génération du baby-boom est entrée en retraite depuis cinq ans et va plomber les comptes de l’AVS de manière croissante pendant une quinzaine d’années encore, alors que la hausse de espérance de vie amplifiera encore ce mouvement.

Retrouvez ici notre dossier: La bataille des retraites

Certes, les réserves de l’AVS dépassent aujourd’hui 40 milliards de francs mais, si l’on ne fait rien, le déficit annuel devrait atteindre 3 milliards en 2025 et 7 milliards en 2030. Vers 2035 au plus tard, l’AVS ne sera plus en situation de verser les rentes et plus on agira tard plus ce sera douloureux.

D’ici à dix ans les solutions seront très lourdes. Le choix à faire serait alors entre une augmentation beaucoup plus lourde de la TVA, une diminution de plus de 20% des rentes, une augmentation massive des cotisations ou une AVS versée des années plus tard (par exemple à 67 ans), on peut bien sûr combiner diverses mesures.

Coalition d’opposants

Les opposants les plus nombreux, fidèles à l’idéologie instaurée par Pascal Couchepin, viennent de l’UDC et du PLR suisse, ou ce sont des patrons idéologues suisses alémaniques d’economiesuisse et de l’USAM, contrairement aux patrons romands favorables, eux, à la réforme. Ces opposants seraient prêts à concéder une légère augmentation de la TVA accompagnée du passage de l’âge de l’AVS à 67 ans par paliers au fur et à mesure de la dégradation.

Si l’on analyse la réalité, le projet est favorable à la très grande majorité des femmes

Une autre opposition, provenant essentiellement de milieux syndicaux et de gauche romands, qui ne pèsera rien dans la suite du débat parlementaire en cas de rejet, mais qui peut amener les voix conduisant le projet à l’échec, fait du passage de l’âge de l’AVS de 64 à 65 ans pour les femmes, un casus belli conduisant au rejet.

Or si l’on analyse la réalité, le projet est favorable à la très grande majorité des femmes. Près de 500 000 femmes n’ont que l’AVS et aucun deuxième pilier. Toutes celles qui ont travaillé à temps partiel ou de manière occasionnelle ainsi que les femmes ayant de petits salaires sont gagnantes grâce à l’augmentation de 70 francs de l’AVS par mois votée par le parlement, vote qui a constitué le casus belli pour la droite dure. En admettant qu’une femme veut toujours partir à 64 ans, la réduction pour départ anticipé sera inférieure à 70 francs dans tous les cas où l’AVS est inférieure à 1700 francs. Pour celles, peu nombreuses, qui ont la rente AVS maximale de 2350 francs, la perte nette atteindrait 27 francs par mois en cas de départ à 64 ans. Cela ne doit pas conduire à condamner un projet indispensable et équilibré.

Mesures minimums jusqu’en 2030

Le projet est soutenu au niveau national par tous les partis sauf l’UDC, le PLR et l’extrême gauche. L’économie romande, plus factuelle et moins idéologique que l’économie d’outre-Sarine, la soutient aussi. L’Union suisse des paysans la soutient également, car les paysans comme les femmes, dépendent beaucoup plus de l’AVS que du deuxième pilier. A l’inverse, divers assureurs et banquiers, qui misent sur un affaiblissement de l’AVS pour faire augmenter les fonds qui leur sont confiés dans le troisième pilier, la combattent.

Ces mesures suffiront au minimum jusque dans les années 2030

Les 70 francs et l’amélioration des rentes de couples seront financés par une augmentation de 0,15% des cotisations de l’employé et de l’employeur (9 francs par mois pour un salaire de 6000 francs), l’assainissement de l’AVS conduira à une augmentation de 0,3% de la TVA en 2021 et au passage sur la même période de l’âge de l’AVS des femmes de 64 à 65 ans. Ces mesures suffiront au minimum jusque dans les années 2030.

Après plus de vingt ans sans changements, il est nécessaire d’adapter le système pour garantir l’avenir de l’AVS et des retraites et de voter deux fois OUI le 24 septembre.

Dossier
La bataille des retraites

Publicité