Il faut saluer la décision prise par le Tribunal fédéral, vendredi, d'avoir fait primer l'intérêt collectif à ce que l'ensemble des élèves suivent le programme de l'enseignement obligatoire sur l'intérêt privé de deux garçons musulmans à être dispensés des cours de natation au nom de leur liberté religieuse.

Il n'y a certes aucune raison de se réjouir qu'une restriction soit apportée à un droit fondamental dont la protection va de soi dans un Etat de droit respectueux des libertés individuelles.

Sans doute, dans des cas exceptionnels, des dispenses doivent pouvoir être envisagées. Mais la décision prise vendredi par les juges ne l'empêchera pas. Rien n'interdit même aux cantons qui le souhaiteraient de se montrer plus libéraux.

Ce que restreint en revanche ce jugement, c'est la possibilité de revendiquer une telle dispense comme un droit à faire valoir le cas échéant devant les tribunaux. Faut-il le regretter? Dans les rapports sociaux, le recul du juridique n'est pas toujours un moins, et il n'est pas interdit d'espérer, ici, davantage d'aptitude à trouver un modus vivendi de part et d'autre, dans l'esprit de dialogue évoqué par l'un des membres de la Cour.

Rien n'indique en tout cas que ce verdict préfigure un raidissement laïc, par exemple une interdiction du port du foulard en classe par des élèves, interdiction très généralement considérée comme incompatible avec la Constitution.

Cette approche nuancée, prudente jusqu'à en être sinueuse, des rapports entre l'Etat et le religieux est conforme aux conceptions fondamentales qui ont permis à la Suisse de se construire et qui la distinguent si profondément, sur ce point, de la laïcité à la française.

Mais, avec la dispense sollicitée pour ces deux garçons au nom de l'islam, il ne s'agissait plus seulement de permettre à un élève de soustraire son propre corps au regard des autres conformément à un précepte de l'islam que sa famille entend faire sien, mais d'écarter de sa vision le corps des autres, et singulièrement celui de fillettes de sa classe. La Suisse a beau ne pas être un Etat laïc au plein sens du terme, elle ne peut pas dans un cas de ce genre ne pas fixer des limites claires à la manifestation du religieux dans l'espace scolaire.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.