La vie à 25 ans

Un film historique LGBT? Oui, merci

«Ammonite», prochain biopic consacré à une paléontologue britannique, fait débat car il prête au personnage principal une relation lesbienne. C’est une interprétation, certes, mais elle est bienvenue, argumente notre chroniqueuse

Les films d’époque britanniques ont un charme fou dont eux seuls ont le secret. Lâchez Keira Knightley en robe victorienne au beau milieu de la campagne anglaise et vous m’aurez scotchée. Je vous laisse donc imaginer mon exaltation quand j’ai eu vent d’un biopic, actuellement en tournage, sur la vie de Mary Anning, une paléontologue du XIXe siècle.

Le personnage est fascinant: originaire de Lyme Regis, dans le sud-ouest de l’Angleterre, cette fille d’ébéniste se passionne très jeune pour les fossiles. Solitaire, elle sondera inlassablement le littoral et, au péril de sa vie, fera plusieurs découvertes dont celle du squelette d’un plésiosaure – un genre de monstre du Loch Ness mais bien réel.

Kate Winslet, qui, comme on le sait, a un faible pour les carcasses et les fonds marins, incarnera Mary Anning et Saoirse Ronan, une jeune femme avec qui la paléontologue a entretenu une correspondance. Et une romance? C’est en tout cas l’interprétation qu’en a faite le réalisateur, Francis Lee.

Colette, icône queer

Et ce n’est pas du goût de tout le monde. Plusieurs descendants de Mary Anning ont réagi, voyant dans cette relation saphique une stratégie sensationnaliste. «Mary Anning a été abusée parce qu’elle était pauvre et sans éducation. Cela n’est-il pas suffisant?» interroge une de ses distantes nièces. «L’intrigue lesbienne est un pur produit hollywoodien, affirmait une autre. A ce que je sache, rien ne suggère qu’elle l’ait été. C’est juste ce qu’on fait aujourd’hui, j’imagine.»

Ce n’est pas totalement faux. Si les femmes qui aiment les femmes se sont longtemps faites discrètes à l’écran, elles le crèvent aujourd’hui dans plusieurs grandes productions: Colette, The Favourite ou encore Lizzie, un thriller avec Kristen Stewart en servante amoureuse de celle qui l’emploie. Et si Colette est bel et bien une icône gay, les deux autres films interprètent plutôt librement la sexualité de leurs héroïnes.

Histoire d’attirer l’attention? On sait que ça marche: il n’y a qu’à voir la tornade médiatique provoquée la semaine dernière par les confidences de Mel B au sujet d’une nuit qu’elle aurait passée avec sa comparse Spice Girl Geri Halliwell:

Mais peu importe, au fond. Ces films sont utiles car ils explorent la diversité des genres et des sexualités qui existait, même réprimée, dans un plus lointain passé. Surtout, ils contribuent à sortir les personnages LGBT de leur seconde zone, celle de rôles superficiels, caricaturaux. Ils montrent qu’on peut très bien être queer et exploratrice en jupons, écrivaine à succès… ou reine d’Angleterre, tiens. Le cinéma historique est fait d’interprétations, et celles-ci me paraissent merveilleusement modernes.


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