Pour beaucoup de ceux qui sont en vacances, le plus dur viendra à la reprise du travail. En ouvrant leur messagerie électronique, ils découvriront avec effarement les centaines de spams qui la remplissent, parmi lesquels, entre Viagra et «enlargement», il leur faudra dénicher les quelques messages vraiment destinés à eux seuls.

Le spam, fléau de la planète électronique, a quelque chose de diabolique. D'ailleurs, ses suppôts, qui sont moins de 200 et tous Américains, ricanent avec un cynisme parfaitement assumé. Ils gagnent grassement leur vie en envoyant 60 à 70 millions de messages par jour, et se jouent des législations présentes et probablement futures: la Suisse, l'Europe ou le monde entier peuvent bien interdire les spams, qui appliquera la loi dans un monde aussi virtuel et aussi volatil?

L'Europe, précisément, va interdire dès le 1er octobre les messages commerciaux non sollicités. C'est le système de l'«opt-in»: j'accepte de recevoir des messages publicitaires en cochant une case. Au niveau fédéral, les Etats-Unis vont adopter le système de l'«opt-out», dans lequel la victime du spam doit faire savoir qu'elle ne veut plus en recevoir.

Or ce remède sera pire que le mal, avertissent de nombreux spécialistes, dans la mesure où ces dispositions, de jure et de fait, légaliseront le spam. Pour l'infortuné internaute, ce sera un combat sans fin, et un combat perdu d'avance: il dira non à un expéditeur, qui se métamorphosera aussitôt en dix, cent, dix mille autres, en Corée du Sud ou en Ossétie du Nord!

La solution est d'ordre philosophique: nous devons apprendre à vivre avec ce fléau, plutôt qu'exiger qu'on l'élimine à tout prix. Faisons comme s'il s'agissait d'une maladie nouvelle, ou d'un insecte impossible à éliminer. Le spam est un corollaire détestable mais inévitable de cette création par ailleurs merveilleuse qu'est Internet. Dans notre exaspération, nous en faisons l'arbre qui cache la forêt. Or ce fléau est gérable, au prix d'un peu de discipline dans nos surfs quotidiens, et d'astuces techniques comme les logiciels anti-spam, qui fonctionnent assez bien.

Les législations, et surtout l'intérêt financier des spammers feront le reste: on peut être certain qu'ils ne laisseront pas leur détestable industrie aller jusqu'à tuer la messagerie électronique, irremplaçable poule aux œufs d'or.

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