Editorial

Un frein utile aux excès de zèle sécuritaires

Le cas d’un condamné presque sexagénaire, soumis vendredi à des juges lausannois, illustre de manière emblématique les effets pervers d’un durcissement général des conditions permettant un retour progressif à la liberté des détenus purgeant de longues peines.

Dans le sillage des tragiques affaires Marie et Adeline, qui ont suscité une émotion d’une intensité inégalée dans l’opinion publique romande, les cantons concernés, Vaud et Genève, ont pris des décisions politiques immédiates dont les conséquences se font sentir encore aujourd’hui. Gel de toutes les sorties, fermeture d’une unité spécialisée dans la réinsertion des détenus dangereux et réexamen sévère des dossiers de tous les candidats potentiels à un allégement et donc à une possible récidive.

Dans un premier temps, cette réponse très ferme était assez compréhensible et même logique. Mais elle a rapidement montré ses limites en interrompant le parcours pourtant prometteur de certains condamnés sans proposer d’alternative.

En novembre dernier, la justice genevoise, contre l’avis des services et commissions concernés, a finalement accordé la liberté conditionnelle à un délinquant sexuel qui avait été brusquement privé de son programme de sorties déjà très avancé pour finir enfermé près d’une année en haute sécurité, dans une impasse où toute évaluation et évolution étaient impossibles.

L’affaire du condamné vaudois, bien que différente, contient les mêmes ingrédients. Après huit années de pénitencier et une année en milieu plus ouvert où il pouvait travailler dans les champs entourant la prison tout en effectuant des sorties, l’homme a été ramené à son point de départ sans autre raison objective que cette prudence généralisée. Cette fois encore, le tribunal, sur la base d’une expertise qui ne décèle aucun signe inquiétant pour l’avenir, a renoncé à prononcer une mesure susceptible de maintenir l’intéressé en prison au-delà de sa peine.

Ces deux exemples montrent bien que l’excès de zèle n’amène pas à de réels progrès sur le terrain incertain et complexe de la resocialisation des détenus. Bien au contraire. Un discours qui était encore inaudible il y a quelques mois. Heureusement que certains magistrats et psychiatres savent résister à ce climat ultra-sécuritaire et rappeler qu’une politique pénale sensée ne peut pas se baser uniquement sur des cas dramatiques.