Editorial

Un homme neuf pour moderniser la France

C'est la fantastique victoire d'un homme sur un système. La politique française souffre depuis des décennies de maux profonds dont un des plus évidents tenait jusqu'à présent dans son incapacité à renouveler son personnel. Emmanuel Macron a mis en échec cette mécanique

Emmanuel Macron a finalement réussi un pari qui semblait insensé. Parti de nulle part il y a un an, l'ancien ministre qui s'est joué des formations partisanes historiques se retrouve aujourd'hui élu président. C'est la fantastique victoire d'un homme sur un système. La politique française souffre depuis des décennies de maux profonds dont un des plus évidents tenait jusqu'à présent dans son incapacité à renouveler son personnel. Emmanuel Macron a mis en échec cette mécanique.

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Il se trouve être le plus jeune président de la République, celui aussi qui ne provient d'aucun parti et n'a jamais été élu auparavant. C'est un iconoclaste. Au-delà du niveau élevé de l'abstention, de la radicalisation des extrêmes à droite comme à gauche et du délitement des partis traditionnels, il faut reconnaître la principale leçon de cette élection: la France s'est choisi un homme neuf pour entamer sa transformation. Un homme de moins de 40 ans qui prend le pouvoir dans un vieux pays jusqu'ici incapable de s'inscrire dans la complexité de l'époque. C'est un coup de maître de la part du nouvel élu et aussi un signe de grande maturité du corps électoral. La marque forte d'une aspiration profonde à des valeurs d'espoir et d'ouverture, alors que son adversaire – bien que créditée d'un score honorable – aura finalement échoué à imposer son projet populiste et xénophobe.    

La première tâche du nouveau président sera toutefois d'asseoir sa position. La Ve République laisse peu de chance à un chef de l'Etat sans majorité à l'Assemblée nationale. Quelle dynamique Emmanuel Macron va-t-il insuffler dans un pays encore sous état d'urgence pour gagner suffisamment de sièges lors des législatives? Ses premières décisions, ces prochains jours, vont s'avérer décisives, notamment en ce qui concerne la nomination de son premier ministre. Il faudra poursuivre la dynamique d'En Marche! avec un projet porté par de nouveaux visages tout en s'assurant l'appui d'alliés aguerris, mais pas usés, pour séduire les électeurs.

Rien ne sera facile. La magie qui a finalement réussi à opérer ce 7 mai 2017 a aussi montré ses limites durant la campagne. Le candidat Macron n'a pas toujours eu le charisme nécessaire, la charpente de son programme montre des faiblesses et sa capacité à nouer des alliances reste à démontrer. Elu président, il doit pourtant profiter de l'explosion des grands partis pour emporter dans son élan des politiciens de qualité et faire, enfin, de la politique autrement. Un gouvernement de coalition, avec des profils pointus recrutés de part et d'autre du spectre droite-gauche, permettrait de verrouiller la séquence précédente pour en ouvrir une nouvelle. La France se lancerait alors dans le plus excitant projet politique qu'elle ait connu depuis des décennies.

Emmanuel Macron n'avait aucune chance quand il a lancé son mouvement il y a un an. L'automne dernier encore, tout le monde le donnait perdant. Il peut finalement être le mieux à même de résoudre une mission réputée jusqu'ici impossible: moderniser la France.

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