L'hôpital devrait être un endroit où les maladies sont traitées, et non pas contractées. Mais un patient sur dix admis dans un hôpital européen peut s'attendre à souffrir d'une infection ou d'autres problèmes de santé acquis à l'hôpital, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM). Le risque d'être victime d'une infection liée aux soins médicaux est 250 fois plus élevé dans certains pays en voie de développement que dans les pays développés, selon l'Organisation mondiale de la santé.

L'Alliance mondiale pour la sécurité des patients de l'OMS a lancé aux hôpitaux le défi de répondre aux principaux problèmes de sécurité avec son initiative «High 5's», un programme inédit se concentrant sur cinq situations qui devraient être inadmissibles dans tout hôpital: la manipulation inappropriée de médicaments injectables, les informations erronées à propos des médicaments lorsque les patients sont transférés d'un membre du personnel à un autre, la communication insuffisante sur les soins du patient, les procédures médicales effectuées sur le mauvais corps ou la mauvaise partie du corps et une hygiène des mains inadéquate.

Mais les hôpitaux doivent faire beaucoup plus que simplement relever ces défis. Un domaine qui demande plus d'attention est par exemple celui de la sécurité alimentaire. Des inquiétudes liées à la contamination et à la préparation inappropriée des aliments apparaissent régulièrement. Une étude a révélé que presque la moitié des hôpitaux anglais font preuve de niveaux insuffisants de propreté dans leurs cuisines ou cantines, et que presque un cinquième des aliments sont stockés à de mauvaises températures ou dans des conditions posant des risques.

Il est grand temps que tous les hôpitaux redoublent d'efforts afin de créer une culture de la propreté, et il est impératif que la sécurité alimentaire soit intégrée dans cette culture. Si les principes de base de bonne nutrition, de préparation correcte des aliments et de prévention de la contamination des aliments faisaient tous partie du «menu» quotidien de la formation du personnel, de nombreux problèmes seraient évités.

Les initiatives de lavage des mains encouragées par l'OMS aideront par exemple à combattre les infections liées aux soins médicaux, mais elles permettront aussi d'assurer la sécurité alimentaire. Des connaissances de base dans la préparation et le stockage des aliments sont essentielles pour le personnel hospitalier. Il est reconnu que, dans certains cas rares, les bébés prématurés ou de poids faible à la naissance contractent des infections de «e. Sakazakii» dans les hôpitaux à cause du stockage inapproprié de la préparation infantile pour nourrissons après qu'elle eut été préparée. Ce problème peut être facilement prévenu avec une éducation et une formation adéquates car avec une préparation et un stockage appropriés, la préparation infantile ne présente aucun danger.

Néanmoins, les hôpitaux ne devraient pas se contenter de prévenir les maladies contractées dans les établissements médicaux ou de garantir la sécurité alimentaire. Ce sont là des objectifs minimums. Les hôpitaux doivent être plus ambitieux: ils devraient être des lieux d'apprentissage sur la manière de prévenir les maladies et de vivre plus sainement. Trop d'hôpitaux négligent les opportunités d'éduquer les patients aussi bien que le personnel et d'influencer les comportements, y compris sur les manières de protéger et d'améliorer leur santé par la nutrition. Il pourrait tout simplement s'agir d'offrir des en-cas sains dans les distributeurs automatiques ou de fournir des informations nutritionnelles sur les sélections de la cafétéria, en plus d'une intégration plus poussée des conseils nutritionnels dans les soins quotidiens du patient.

Il est également important que les hôpitaux augmentent leurs actions publiques afin de diffuser les informations sur les moyens d'éviter de contracter les maladies d'origine alimentaire et d'améliorer sa santé avec une meilleure nutrition.

Cela signifie accroître le rôle de l'hôpital dans la mise en place de systèmes répondant aux besoins de la communauté. Les hôpitaux doivent travailler avec des individus (que ce soient des patients, des familles ou un public plus étendu) pour changer les comportements et avec les collectivités locales afin d'établir des politiques de soutien pour faciliter ce changement.

En d'autres mots, l'hôpital moderne a besoin d'être réinventé, il ne suffit pas d'en faire un lieu aseptisé pour empêcher les patients de tomber malades, il doit promouvoir activement la santé.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.