Une plaque tectonique vient de bouger. L’Arabie saoudite, alliée fidèle et historique des Etats-Unis, s’est rapprochée mercredi de la Russie de Vladimir Poutine. En cette période particulière de guerre en Ukraine menée par les troupes russes, il s’agit d’un acte de grande défiance envers les Etats-Unis qui, eux, ont choisi de mobiliser leurs forces – hommes, armes et cash – pour soutenir le pays attaqué. Du reste, Riyad n’a voté aucune résolution condamnant l’agression russe à l’ONU.

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La fronde est venue par le brut. Mercredi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés, dits OPEP+, ont décidé de sabrer de leur production 2 millions de barils par jour, dès le mois prochain. Pour stabiliser le prix du pétrole, jurent-ils.

C’est vrai que le prix du baril, après avoir atteint un sommet de 140 dollars en mars dans le sillage de la guerre en Ukraine, n’a cessé de dégringoler ces derniers mois. La semaine passée, il tournait autour de 86 dollars. Il a gagné 4 dollars mercredi et en a perdu un jeudi.

Le cartel qui compte pour 60% des exportations mondiales de l’or noir dit craindre un effondrement du prix dans un contexte de récession ou de ralentissement. Aux Etats-Unis, plus grand producteur et plus grand consommateur de pétrole, la demande a effectivement diminué de 6% sur une année.

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Dans le passé, aucune décision n’était prise au sein de l’OPEP sans l’aval préalable de l’Arabie saoudite, tant son quota de production est dominant au sein du bloc. C’est aussi le seul pays qui détient une capacité excédentaire, capable d’ouvrir le robinet et d’injecter plus de pétrole sur le marché. Riyad a toujours joué la carte américaine lorsque d’autres membres plaidaient pour faire monter les prix.

L’étape franchie ne marque pas seulement un éloignement par rapport aux Etats-Unis et un rapprochement de la Russie. Car l’Arabie saoudite s’est également rapprochée de la Chine qui, au fil des années, est devenue son premier débouché. Par ailleurs, ces dernières semaines, les Saoudiens ont vu d’un mauvais œil l’initiative américaine de vouloir imposer un plafonnement du prix du pétrole russe qui, selon eux, s’appliquerait inévitablement à tous les producteurs.

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Mais il n’y a pas que le pétrole. Les relations entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite se sont passablement dégradées ces dernières années. Le candidat Joe Biden avait traité le géant du Golfe d'«Etat paria»; selon lui, il n’y avait pas de doute que le prince héritier Mohammed ben Salman était directement mêlé à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul en octobre 2018.

Elu président, Joe Biden n’a pas changé de discours. Surtout, il affirme à qui veut l’entendre que la politique au Moyen-Orient se déciderait désormais à Washington. Et non à Riyad, qui se voit comme la puissance régionale.

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