Ce texte fait partie d'une semaine spéciale de débats consacrés aux défis économiques de la crise climatique.

L’économie circulaire est l’un des sujets brûlants du moment, à l’aube d’une COP qui traitera dans l’urgence – une fois de plus – du défi climatique, et d’un projet de révision de la loi sur la protection de l’environnement.

Mais de quoi s’agit-il? En quoi cette économie se distingue-t-elle de l'«économie linéaire»? L’économie linéaire est celle que nous connaissons depuis la révolution industrielle: un système qui extrait des ressources naturelles, utilise le travail et le capital pour les transformer en produits finis qui sont ensuite, en partie, consommés et, en partie, éliminés comme déchets. Un tel système s’est développé dans un monde caractérisé par l’abondance des ressources et une population éparse.

Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Nos activités économiques se développent au-delà de plusieurs limites planétaires, telles que le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, et les flux bio-géochimiques. Si ces activités se poursuivent, elles risquent fort de déstabiliser le système terrestre, avec des conséquences imprévisibles pour la vie humaine. Il est désormais évident que l’économie linéaire met en péril notre cadre de vie et le bien-être des générations futures. Autrement dit, elle n’est pas durable.

L’économie circulaire propose de «courber la droite» pour nous ramener à l’intérieur des limites planétaires. Comment? Non seulement par l’utilisation des énergies renouvelables, l’extension de la durée de vie des ressources et des produits, la réparation, le recyclage, et la minimisation des déchets, mais aussi par la régénération de la nature, c’est-à-dire la réparation des dommages que nous avons infligés à la Terre par le passé.

Plus facile à dire qu’à faire! L’économie circulaire est-elle un billet de mille francs posé sur le trottoir? Si son utilité est si évidente, pourquoi les entreprises, les consommateurs et les gouvernements ne s’en sont-ils pas déjà emparés?

D’abord, parce que tant que les conséquences négatives que nos activités imposent à l’environnement ne seront pas prises en compte, les processus de production linéaires coûteront généralement moins cher que les processus circulaires. Par exemple, il est souvent moins coûteux de produire des matériaux et des produits neufs plutôt que recyclés. En outre, les marchés de produits de seconde main et de services de réparation ne sont pas encore suffisamment répandus, sans compter que les technologies vertes doivent être développées à grande échelle pour devenir financièrement intéressantes.

Deuxièmement, le mode d’organisation de nos infrastructures et de nos modèles économiques, ainsi que les habitudes des consommateurs représentent d’importants obstacles aux changements de comportement. «Courber la droite» nécessite des efforts de coordination importants entre les entreprises, les gouvernements et les consommateurs pour surmonter ces obstacles.

Par ailleurs, il existe peu de preuves scientifiques concernant l’impact quantitatif des activités circulaires sur l’environnement et l’économie. Cette lacune complique le calcul du rendement des investissements circulaires, ajoutant ainsi de l’incertitude au processus. En outre, il existe des limites physiques au recyclage, car certains matériaux tels que le papier et le plastique ne peuvent être recyclés qu’un nombre limité de fois, ou perdent de leur qualité après avoir été recyclés.

Enfin, et surtout, une économie circulaire n’est pas une économie qui cherche principalement à croître. «Courber la droite» signifie aussi mettre un terme à l’obsession sur les revenus matériels au profit du bien-être humain: un niveau d’emploi satisfaisant et un temps de loisirs abondant, une distribution équitable des gains économiques et la capacité de profiter de biens publics de qualité tout en protégeant le capital naturel.

Malgré ces défis, deux choses sont désormais claires: l’économie circulaire n’est pas une utopie, mais un modèle indispensable pour préserver notre qualité de vie sur terre à long terme, et il existe des moyens d’y arriver!

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