On ne mesure sans doute pas encore, au niveau mondial, toutes les conséquences de la catastrophe représentée par la pandémie de sida. Mais la majorité des sociétés occidentales lui ont opposé une réaction à la fois innovative, respectueuse des droits des individus et efficace. La maladie visait surtout des groupes discriminés, et le risque qu'elle aggrave leur stigmatisation était réel. C'est le contraire qui s'est produit. Tant pour les homosexuels que pour les toxicomanes, les stratégies préventives mises en place ont débouché sur un réel désenclavement, auquel les uns et les autres ont d'ailleurs activement contribué. Cette stratégie reposait sur le constat que l'exclusion est en soi un facteur de risque. Et que, chacun étant en mesure de se préserver contre une maladie sexuellement transmissible, la prévention est l'affaire de tous, personnes saines autant que contaminées.

Aujourd'hui, ces convictions sont toujours là mais, comme l'usage du préservatif, elles perdent du terrain. En Suisse, le nombre des contaminations, après avoir dramatiquement reculé, a recommencé à augmenter légèrement. Et, surtout, le monde a changé. La maladie ne tue plus systématiquement qu'au sud, où elle est associée à la pauvreté. Au nord de la planète, les médicaments sont devenus plus efficaces, mais l'argent affecté à la santé publique est plus chichement compté. Et les nouveaux groupes à risque, en termes médicaux comme en termes d'exclusion, se trouvent dans le réservoir infini des migrants.

Politiquement, la situation est explosive et l'OFSP l'a bien vu. Reste à se convaincre que la solution proposée est la bonne. Théoriquement, on respectera la liberté des requérants. Pratiquement, celle-ci sera toutefois bien mince. C'est donc dans la manière, et surtout dans la qualité de l'effort d'information et, le cas échéant, de prise en charge médicale, que se jouera le sort de cette mesure si elle doit s'appliquer: paravent autoritaire destiné à rassurer les milieux xénophobes ou stratégie de prévention digne de ce nom.

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