Les propos du ministre des Finances allemand, Peer Steinbrück, sur les paradis fiscaux, allant jusqu'à menacer la Suisse de représailles si elle ne s'exécute pas, sont indignes du dialogue qui sied entre gouvernements. C'est une stratégie de la provocation, qui consiste à faire croire à l'opinion publique que la richesse de certains Etats - où la fraude fiscale est un sport national notoire - est victime de l'attractivité des plus malins. Elle doit être traitée pour ce qu'elle est: une tentative de pression irrespectueuse sur la forme et grossière sur le plan diplomatique. La menace est l'abus des puissants qui, faute d'arguments très sérieux et convaincants aux yeux d'une majorité de pays, cherchent à impressionner les plus petits Etats. Car, au sens où l'OCDE le définit, la Suisse n'est pas un paradis fiscal. En termes économiques, on peut même démontrer que la collecte et le produit de l'impôt en Suisse, en proportion de sa richesse nationale, y sont plus efficaces qu'en Allemagne ou en France, l'autre «grand» qui se fait menaçant.

«L'attaque» de Peer Steinbrück s'inscrit bien évidemment dans un horizon politique précis, qui s'annonce chargé et délicat avec la demande de réouverture de négociations sur la fiscalité de l'épargne par une partie des Etats de l'Union européenne. Mais le jeu diplomatique devient déloyal quand un ministre des Finances cherche à profiter d'une crise financière mondiale pour mener une campagne aux accents populistes. La tentation des boucs émissaires et du moralisme à quatre sous sont des armes dangereuses quand il s'agit d'aborder les questions de souveraineté nationale. La réunion de Paris ne fera que conforter ceux qui prônent le repli national, funeste perspective dans un climat de récession économique.

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