Editorial

Un jeu trouble

A quoi joue la Chine sur le marché des changes? En trois jours, Pékin a dévalué trois fois sa monnaie. Une chute impressionnante des exportations du pays semble être la première raison pour laquelle la banque centrale chinoise a décidé d’agir. La dévaluation compétitive constitue le remède le plus expéditif en cas de commerce extérieur en berne. Reste que, pour la Chine, cela n’a rien d’anodin. Le renminbi varie fort peu. Ces trois derniers jours, il a chuté comme jamais depuis des décennies. Pourquoi procéder à trois dévaluations durant trois jours d’affilée?

La banque centrale chinoise, dans un exercice de transparence complètement nouveau pour elle, a tenté de s’expliquer lors d’une conférence de presse. C’était comme si la main invisible du pouvoir se voyait tout à coup douée de la parole. Personne n’a vraiment compris le message. Les autorités affirment souhaiter intégrer rapidement le club très restreint des grandes monnaies afin de poursuivre l’internationalisation de leur économie. Le FMI salue le mouvement, avec précaution. Mais la Chine, qui a tenté d’enrayer la chute de sa bourse au début de l’été avec des mesures autoritaires à l’encontre des investisseurs, a-t-elle vraiment envie désormais de se frotter au marché, qui plus est pour sa monnaie, l’expression de sa souveraineté? La réponse paraît plus qu’évidente.

Les économistes spéculent plutôt sur le fait que l’économie chinoise va encore plus mal qu’annoncé et que les autorités comprennent désormais toute l’ampleur du risque. Pékin sait qu’un ralentissement encore plus marqué de son activité signifierait une hausse du chômage et une instabilité sociale potentiellement explosive. Le pouvoir avait fait le pari que la consommation des ménages prendrait rapidement le relais de la croissance d’une économie jusqu’ici basée essentiellement sur l’export. Mais pour que les deux tiers du PIB proviennent de la demande intérieure, comme c’est le cas pour les Etats-Unis, il faudra des années, si ce n’est des décennies. D’ici là, les Chinois devront trouver autre chose que des dévaluations successives pour améliorer leur économie.