Revue de presse

Un jeune Noir violente un jeune Blanc à Delémont, et la haine enfle sur Facebook

Une vidéo publiée mardi soir sur ce fait divers survenu le même jour dans le Jura a finalement dû être retirée du réseau social après que la police s’en est mêlée. Mais les appels à la haine n’ont fait que redoubler

Depuis mardi soir, l’affaire remue tout l’Arc jurassien. «Menaces de représailles, appels à la haine raciale, injures… C’est le genre de commentaires qui ont fleuri sur Facebook, mardi soir, après la diffusion et le partage d’une vidéo filmée par smartphone qui montre une agression à la gare de Delémont.» Une vidéo publiée par la mère de la victime, assortie d’un commentaire stigmatisant les étrangers, lit-on dans 20 minutes: «Un jeune Blanc malmené, poussé à terre et intimidé par un Noir, sous les rires d’un groupe de personnes qui filment la scène avant que la victime ne quitte les lieux, seule.» Mêmes infos sur le site de la RTS, sous la plume de son journaliste Gaël Klein, dont la collègue Magali Philip, spécialiste des réseaux sociaux, publie dans la foulée une photo du post incriminé sur Twitter:

Voilà pour les faits. Le Quotidien jurassien indique qu’il s’agissait d’«un jeune Ajoulot […] pris à partie mardi soir par une bande» et qui «a été blessé de manière superficielle». Ce, «suite à une simple blague», dit le journal dans sa version imprimée. Inutile, à ce stade, de préciser – mais ça va mieux en le précisant quand même – que les réactions se sont évidemment focalisées «sur la couleur de peau de l’auteur de l’agression». Ni une ni deux, devant l’inflation des vues, commentaires et partages du document, qui se comptent en dizaines de milliers, la vidéo a été supprimée sur le conseil de la police cantonale, selon les sites des radios locales de l’Arc jurassien.

De son côté, le site Arcinfo.ch ajoute que «si de nouveaux commentaires appelant à la haine, aux représailles ou encore menaçant ou injuriant des personnes devaient apparaître, le Ministère public, conjointement avec la police, [entamerait] les poursuites pénales nécessaires à faire cesser ces agissements». Il rappelle «au passage que la publication de ce type de commentaires est représentative d’infractions pénales poursuivies d’office et condamnée par des peines privatives de liberté pouvant aller jusqu’à trois ans» si la teneur des commentaires les fait entrer dans le champ d’application du Code pénal suisse.

Contre-productif

Mais comme presque toujours dans ce genre de cas, la «censure» de contenus jugés répréhensibles s’avère contre-productive et fait enfler la polémique qu’ils suscitent. «Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Comment pouvons-nous accepter cela?» s’indignent @LEDOUAISIEN sur Twitter et le site LesObservateurs. ch: «Voilà comment nos jeunes sont traités par des Africains.» Ladite vidéo continue en effet «de circuler, largement relayée par des pages Facebook ou des sites d’extrême droite», écrit 20 minutes, excités par un communiqué de police également publié sur Facebook:

Rebelote. Les avertissements de la police jurassienne s’attirent les foudres de certains internautes. Par exemple: «En espérant qu’il n’y ait pas que des représailles pour les personnes qui ont commenté, mais également pour les protagonistes de la vidéo.» Mais d’autres commentaires – où se glissent quelques trolls russes particulièrement insultants pour les «Occidentaux» – s’avèrent d’une violence extrême, qui ajoutent une nouvelle couche d’intolérance sur le fait divers.

Et sur sa page Facebook, Gaël Klein use des mots qu’il n’a pas prononcés à l’antenne: tout cela démontre, «à en vomir, les propos que le genre humain est capable de générer contre l’étranger en général, et le réfugié en particulier. La retenue et la réflexion sont pourtant nécessaires dans un tel contexte, avant d’accuser sans preuve à pouvoir produire, et de juger de manière totalement arbitraire. […] Edifiant et écœurant à la fois. On aura pu aussi constater l’absence totale de modération, hormis celle tentée par quelques rares intrépides qui ont osé s’élever contre la vindicte populaire et le lynchage gratuit. […] «La preuve du pire, c’est la foule», écrivait Sénèque, lui qui aurait voulu que l’humanité soit en harmonie avec son environnement quotidien. Il ne connaissait pourtant pas encore Facebook»:

Un internaute lui répond: «J’ai été dans les premiers à lire la publication et j’ai vite compris que ça allait dans tous les sens et que le troupeau allait suivre. La masse, pas d’esprit d’analyse. […] C’est ça, les réseaux sociaux.» Et le débat se poursuit aussi avec les commentaires adressés aux Observateurs.ch, comme celui-ci: «A voir cette vidéo, on se demande si elle ne mérite pas de constituer désormais une source factuelle ineffaçable, permettant de démontrer à tout le monde que l’Afrique semble en mesure de venir socialiser l’Europe ainsi que l’Occident en y transformant son système éducatif et de lois avec un tout autre rapport au respect de la vie humaine et à sa dignité…»

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