– Tu fais quoi ce soir pour dîner?

– Autre chose.

Voilà comment Phil Connors (irrésistible Bill Murray), présentateur météo prétentieux et cynique, se débarrasse de ceux qu’il juge «bouseux». Mais ça, c’était avant… Avant quoi? Avant que la vedette TV autoproclamée ne soit condamnée à revivre sans fin le même jour, le fameux 2 février, Fête de la marmotte. Tous les matins, il se réveille avec «I Got You Babe» de Sonny and Cher, et revit les mêmes choses.

Il est le seul à connaître ce sortilège, pour les autres, c’est une journée normale. Une situation dont il va d’abord profiter pour faire tout ce qui est interdit (fumer, boire, avaler les calories, conduire trop vite, draguer éhontément), le lendemain ne portant pas à conséquence. Mais rattrapé par son cauchemar, il commence à déprimer, à devenir fou et à se prendre pour Dieu puisqu'il est omniscient et immortel. Même ses suicides échouent. Finalement, il mettra à profit sa journée éternelle pour s’améliorer, se remettre au piano, aider les autres et surtout séduire celle (exquise Andie MacDowell) dont il tombe amoureux à force de l’observer. 

Film-culte, Un Jour sans fin (1993) est surtout un film de chevet. A chaque nouvelle vision, on y découvre quelque chose de nouveau. La comédie de Harold Ramis a d’ailleurs été classée comme le film le plus spirituel du monde. Dans le double sens: irrésistiblement drôle, et avec des aspirations philosophiques. Film préféré des bouddhistes qui y voient l’illustration de leur samsara, des chrétiens pour qui la rédemption est toujours possible, des nietzschéens qui le lisent comme l’illustration de l’Eternel Retour, des psychanalystes qui y voient une métaphore de leur travail. Le film pourtant ne revendique rien d’autre que de divertir, amuser, émouvoir.

Conte moral un peu zinzin, comédie romantique alerte et jamais mièvre, étude de mœurs farfelue, éloge délicat de la routine, Un Jour sans fin est un anti­dépresseur puissant, non dénué pourtant de mélancolie.

Le génie de Harold Ramis, excellent artisan de la comédie des années 80-90, est de ne jamais se répéter avec ce qui est censé revenir tout le temps. Il réussit à déjouer le piège temporel en multipliant les actions, les scènes comiques et en jouant habilement des ellipses. Par son sujet même, le film détient un avantage sur tous les autres: atemporel, il est indémodable.


Episodes précédents

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.