Arrogant, le juge Korman? C'est ce qu'on entend dire ici et là, et plus particulièrement du côté des banques cantonales et privées. Ces dernières ont du mal à prendre un certain nombre de mesures concrètes, comme la création d'une banque de données exhaustive de tous les comptes ouverts entre 1933 et 1945. Une mesure pourtant susceptible de mettre un terme définitif à la délicate affaire des fonds en déshérence. Elles ne supportent pas qu'un juge américain se mêle de leurs affaires et les critique, elles s'offusquent des exigences qu'il pose et prétendent qu'elles ne s'y soumettront finalement que forcées, contraintes et écrasées par la toute-puissance d'un vilain justicier yankee.

Une mise au point devient nécessaire. Il n'est pas dans les prérogatives du juge américain d'imposer quoi que ce soit. Son rôle est celui d'un arbitre. Dans l'accord global conclu en 1998 entre les deux grandes banques suisses et les représentants des victimes de la Shoah, les parties ont explicitement accepté de s'en remettre aux conclusions de la Commission Volcker – dont, rappelons-le, trois membres ont été choisis par l'Association suisse des banquiers. Conséquemment, UBS et le Credit Suisse s'apprêtent à mettre à disposition du juge toutes leurs données d'archives. A partir de là, ce dernier s'est simplement tourné vers les autres établissements financiers helvétiques et leur a fait savoir que, s'ils désirent aussi être couverts par l'accord global, ils doivent eux aussi se conformer aux recommandations du rapport Volcker. Qu'y a-t-il de tellement injuste dans tout ça?

En passant, il est vrai, le juge s'étonne un peu sèchement que ces banques traînent les pieds et ne ressentent pas d'obligation morale vis-à-vis des victimes des persécutions nazies. Mais qui a déjà oublié que c'est précisément cette absence d'empathie, illustrée par le tristement célèbre «peanuts» d'un ancien patron de l'UBS, qui est à l'origine de l'ampleur prise par l'affaire des fonds en déshérence. Et donc à l'origine de l'accord global que le juge Korman est aujourd'hui chargé d'avaliser?

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