Une idée un peu folle a priori, presque une hérésie: associer dynamisme et modernité au canton de Berne. Plus que tout autre, il cumule les handicaps et les clichés dévalorisants. Rural, alpestre quand on évoque l’Oberland; pleurnichard et qui ne sait pas ce qu’il veut pour le Jura bernois. En milieu urbain, il pâtit de l’inertie des administrations. A l’aune des paramètres convenus de la croissance métropolitaine, Berne n’est pas en mesure de régater.

Pourtant, cet immense canton est devenu un laboratoire institutionnel. Ebranlé par les scandales, les échecs et la prise de conscience de ses faiblesses, il a engagé une longue mue qui lui a permis d’assainir sa trésorerie et de réorganiser un territoire ultra-morcelé, où chaque vallée constituait un Etat dans l’Etat. Il a trouvé un chemin politique original en misant sur les forces de ses régions, dans un intérêt cantonal commun.

A témoin, le bilinguisme, volontariste, symbolisé par la Ville de Bienne. Plus qu’une lourdeur administrative, les Bernois y voient un enrichissement culturel et économique.

L’introspection bernoise de la dernière décennie a aussi modifié son rapport aux autres cantons. Berne s’est longtemps cru suffisamment puissant pour snober la dimension intercantonale. Il a changé de cap, dans un rôle pas toujours bien compris de pont entre Suisse alémanique et romande. Pour exister, se mettre en valeur, il joue l’ouverture à outrance. Avec Zurich et avec la Suisse occidentale. En matière de promotion économique, mais pas seulement, il est désormais un allié des Romands, pour lesquels il se propose d’être un poste avancé vers Zurich.

Le 28 mars, les élections bernoises ont valeur de test national à dix-huit mois des fédérales. Elles seront suivies dans tout le pays. L’intérêt pour Berne et ses solutions originales, comme le statut du Jura bernois, mérite d’aller au-delà.

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