Faut-il démanteler UBS et Credit Suisse pour éviter ­qu’elles ne fassent sombrer toute l’économie nationale en cas de faillite? Controversée, pour ne pas dire explosive, la question s’est maintes fois posée à l’automne 2008 et durant l’hiver 2009, lorsque la Confédération et la Banque nationale suisse (BNS) ont dû injecter du jour au lendemain des dizaines de milliards de francs pour sauver une UBS au bord de la faillite. Les Américains songeaient alors eux-mêmes à disloquer leurs géants vacillants de Wall Street. Avant d’en enterrer l’idée.

Aujourd’hui, les banques renouent avec de substantiels profits, et la perception du danger s’affaiblit. Dans un tel contexte, on ne peut guère être surpris par la modération des propositions formulées jeudi par le groupe d’experts mandaté par Berne pour élaborer des solutions à la problématique du «too big to fail» (trop grand pour faire faillite). Les recettes avancées – renforcer les fonds propres, mieux gérer les risques, structurer les établissements de manière à pouvoir en extirper les secteurs indispensables à l’économie en cas de dépôt de bilan – constituent un pas en avant, mais aussi un minimum. Ces mesures – pour autant qu’elles soient toutes adoptées – ne remédient pas à la cause première du problème: le fait qu’UBS et Credit Suisse demeurent trop grands pour la petite Suisse.

Les experts ont exclu de poser des limites à leur expansion. Ils ont renoncé à les empêcher de mener des opérations spéculatives pour leur propre compte. Ils rejettent l’instauration d’une taxe sur les banques, qui aurait permis de créer un fonds destiné à gérer de futures crises.

Toutes ces mesures sont certes critiquables, mais force est de constater qu’elles circonscrivent le problème de manière plus stricte. L’idée d’une taxe bancaire rencontre en outre un soutien assez large, de Washington à Berlin, en passant par le FMI.

Le canevas général de la future régulation bancaire internationale sera ainsi dicté par les grandes places financières. C’est dans la plus grande d’entre elles, New York, que Barack Obama a d’ailleurs mis jeudi tout son poids dans la balance en appelant le Congrès à accepter des normes plus strictes. Dans l’intérêt du pays, mais aussi de la finance.

Si les Etats-Unis devaient se doter d’une taxe bancaire, la Suisse devrait au moins reconsidérer sa position. Les prochains mois seront cruciaux.