La vie à 30 ans

Un si long «grounding», de Swissair à «EasySwiss»

OPINION. La compagnie aérienne Swiss continue de nous faire croire à sa glorieuse aïeule, selon notre chroniqueuse. C’est d’une terrible hypocrisie

Le plus frappant, dans les annonces concernant les nouvelles stratégies commerciales de Swiss à Genève, c’est le peu de vagues que cela fait. Un peu comme s’il avait fallu toutes ces années – presque dix-sept ans se sont écoulés depuis le fameux grounding de Swissair, avec ses avions cloués au sol – pour que l’on cesse de mettre de l’émotion et du sentiment dans cette compagnie aérienne ex-nationale.

«Enrichir son expérience»

A force de couper partout dans les coûts, Swiss, pour tenter de survivre, est peu à peu en train de devenir une compagnie bon marché comme les autres, et ça se traduit désormais en plateaux-repas qui disparaissent. Si vous voyagez en économique, ça sera le pur low cost: vous paierez ce que vous mangerez en plus du prix du billet.

Chez Swiss, ils appellent cela la «personnalisation de l’expérience de nos passagers». Ces derniers pourront décider d'«enrichir leur expérience» en achetant les repas. Mais comme on est tout de même chez Swiss, le directeur romand, Lorenzo Stoll, a fièrement souligné dans L’Agefi la générosité de la compagnie: «Pour les passagers en Economy Light, […] nous offrirons un verre d’eau.» Merci vielmal. Je vais essayer de ne pas le renverser à la première turbulence, parce qu’il n’y en aura pas d’autres. Mais cela va sacrément enrichir mon expérience.

Annoncer la vraie couleur

Je crois que ce qui demeure vieux, chez Swiss, et tellement loin de ma génération qui a commencé à voler en Europe avec le low cost, c’est cette hypocrisie terrible. Bien sûr qu’on peut faire du bon marché, flexible et tout, à la carte tout le temps, bagages, repas, siège, coupe-file, faire payer le client à toutes les étapes en lui en donnant le moins possible pour le prix. C’est la sauvagerie absolue du marché de l’aviation commerciale, et c’est devenu habituel. Mais il y a une compagnie orange qui annonce la vraie couleur et une rouge à croix blanche qui continue de nous faire croire à une sorte de passé luxueux, chic, où prendre un avion de cette compagnie-là, même en économique, c’était voyager 5 étoiles.

Ce n’est pas que je regrette ça, mais il ne faut pas vendre au client du rêve qui a fait «faillite» il y a des années, quand c’est devenu «LufthanSwiss» avant de se muer désormais en «EasySwiss». On devrait penser à enlever cet ancien drapeau de l’aileron des avions, ce serait plus honnête.


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