Triste fin pour une belle aventure qui aura duré dix ans exactement. La lourde défaite d’Alinghi face à Oracle sonne le glas de la tranche de vie européenne de la vieille aiguière d’argent qui s’en va retrouver ses Amériques. Et elle laisse la Suisse nostalgique d’une fierté mémorable.

La 33e Coupe de l’America, disputée dans l’ombre médiatique des Jeux olympiques, dans la grisaille de la Valence hivernale, n’aura pas fait rêver. Elle s’achève sur le sentiment d’un échec annoncé. La supériorité de l’avion américain qui, propulsé par son aile rigide, a humilié le catamaran suisse est à l’image de ce qu’auront été ces deux années de compétition au tribunal.

Les Américains sont allés au bout de leur acharnement. Larry Ellison et Russell Coutts sont finalement parvenus à récupérer sur l’eau un trophée qu’ils auraient de toute façon fini par s’octroyer devant la justice. Comme si rien ne pouvait priver la troisième fortune américaine de ce succès qui se refusait à lui depuis dix ans.

Plutôt que de prendre le risque, pour la troisième fois, de ne pas parvenir à se hisser jusqu’en finale, le magnat de l’informatique a préféré s’offrir par la voie juridique le droit d’affronter le Defender. Et dans ce match à deux, la donne était faussée avec une justice qui, du haut de son incohérence, aura habilement réussi à brandir le fameux «deed of gift» quand cela arrangeait l’armada californienne et, au contraire, à le bafouer quand nécessaire.

Le pénible feuilleton s’achève dans une épreuve disputée en plein hiver dans l’hémisphère Nord, et dans un lieu que le Defender n’aura pas choisi. Autant de contradictions qui disent l’absurdité de toute cette affaire qui n’aura fait qu’éroder l’engouement pour cette compétition. Cette 33e édition aura eu pour seul mérite de sensibiliser la très conservatrice famille de l’America à la beauté de ces bateaux qui volent, symboles de la voile de demain. Que va faire l’équipe du Golden Gate Yacht Club de cette victoire? Les donneurs de leçon vont-ils vraiment appliquer la démocratie qu’ils n’ont cessé de prôner dans cette monarchie qu’est par essence la Coupe de l’America et son Defender tout-puissant? Pas sûr.

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