Ainsi donc, quelques semaines après Accorda, on apprend qu'une nouvelle caisse maladie se trouve en proie à des difficultés financières aiguës. Mais, cette fois, c'est du sérieux. Ce ne sont plus 20 000 mais 425 000 assurés qui sont concernés. Et il n'est plus question ici de l'échec d'une bande de prestataires de soins jouant aux apprentis sorciers dans l'assurance maladie. Intras, c'est la plus grande caisse maladie romande. Une caisse fondée et contrôlée par un trio d'entreprises qui constitue le gratin de l'assurance privée lémanique: la Genevoise, la Suisse et la Vaudoise Assurances. Les questions qui se posent dans le cas présent invitent à une réflexion fondamentale sur l'organisation même de l'assurance maladie en Suisse.

On sait déjà qu'il existe des vases communicants entre l'assurance sociale et les complémentaires. La tentation est forte pour les assureurs actifs dans les deux secteurs d'aménager leur offre dans l'assurance de base – où faire des profits leur est interdit – de façon à faire prospérer leurs lucratives complémentaires. Dans le cas d'Intras, on atteint une nouvelle dimension. En l'espèce, le soupçon existe que la raison d'être d'Intras soit avant tout de servir de base au développement d'affaires d'assurances sans le moindre rapport avec la santé, une constellation dont il n'est pas interdit a priori de penser qu'elle explique au moins en partie les problèmes actuels d'Intras.

Le cas de la caisse genevoise conduit aussi à s'interroger sur le rôle de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Est-il une quasi-caisse unique de fait, qui dicte peu ou prou leurs primes aux caisses – auquel cas il porte aussi une responsabilité lorsque les choses tournent mal – ou se borne-t-il à un pur contrôle technique? Vu de l'extérieur, il n'est pas possible d'en avoir une idée claire et, à en croire les acteurs sur le marché, la pratique de l'OFAS est elle-même changeante. Le rôle encore incertain que jouera l'OFAS dans l'annonce des primes 2004 est une manifestation visible de cette ambivalence.

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