En panne de croissance et face à un chômage massif, la zone euro traverse une passe difficile. Politiquement, la construction de l'Union européenne (UE) peine. La montée en France du camp du non à la Constitution fait craindre le pire. L'assouplissement du Pacte de stabilité, qui devrait être adopté lors d'un sommet ces mardi et mercredi, pourrait être perçu comme un nouveau signe de faiblesse des Quinze. A tort.

Depuis le début, ce pacte, qui doit aussi servir la croissance, apporte une mauvaise réponse à un vrai problème. Les responsables politiques ont la fâcheuse habitude de laisser filer leurs dépenses. Mais arc-bouté sur un déficit budgétaire d'au maximum 3% du produit intérieur brut (PIB) et une dette limitée au mieux à 60% du PIB, le système actuel ne résout pas ce problème. Tous les économistes n'ont eu de cesse de dénoncer le non-sens de ces critères, que rien ne justifie économiquement.

Le nouveau pacte, largement inspiré par l'Allemagne, a le mérite de sortir de l'impasse dans laquelle se trouvait l'UE. La lecture assouplie de ses critères permet en particulier de ne pas infliger des sanctions à Berlin, incapable de respecter les règles du pacte. Quelles n'auraient pas été les conséquences si de telles mesures avaient été prises? Comment auraient réagi les Allemands, eux qui sont les premiers contributeurs nets du budget? Politiquement, les sanctions ne pouvaient être prises.

Le coup est rude pour les petits pays qui ont fait l'effort de se plier aux règles communes et qui voient les grandes nations – la France et l'Italie en profitent aussi – imposer leur loi. Mais il évite l'implosion de l'Europe.

La Banque centrale européenne, qui craint pour l'euro, affiche de sérieuses inquiétudes. On n'en attendait pas moins d'elle. Cependant, l'accès de faiblesse de la monnaie unique face au dollar lundi doit bien moins à cet assouplissement du pacte qu'à la perspective d'une remontée des taux d'intérêt aux Etats-Unis.

Aucun blanc-seing n'a pour autant été donné aux pays membres. Les critères de 3% et 60% restent inscrits dans le texte et devraient limiter les dérapages excessifs. Seuls certains investissements, et non les dépenses courantes, pourront excuser la poursuite d'un déficit. De grands défis attendent l'Europe, comme dans la recherche ou la défense. Voilà un peu d'air. Le pacte a perdu de sa rigueur et l'UE a gagné en flexibilité.

Enfin, d'autres contraintes, comme la concurrence fiscale, gagnent en force pour pousser les Etats à choisir les dépenses qu'ils veulent réellement continuer à mener.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.